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Les populations rurales et forestières ne rêvent pas de rester isolées dans un environnement
naturel, ni de maintenir à tout prix leurs coutumes et modes de vie.
Les ressources financières dégagées par la dynamique REDD pourraient servir à détourner une
partie des populations rurales de l’agriculture, en développant des opportunités d’emploi non
agricole, et en promouvant l’éducation des enfants d’agriculteurs. Il s’agit donc pour l’économie
verte de relever le défi d’un aménagement du territoire pour produire mieux, préserver les
ressources, et améliorer les conditions de vie de la population. Donc l’économie verte ne s’inscrit
pas uniquement dans des paiements pour services écosystémiques.
L’exemple du Voralberg présenté par Triboulot au chapitre 4, montre qu’en considérant la filière
dans son ensemble et en mettant à contribution les architectes locaux, cette région d’Autriche a
su innover dans le domaine du bâtiment de haute qualité en bois. Les réalisations les plus
audacieuses en particulier dans le bâtiment public ont permis des innovations qui par la suite ont
pu être exportées avec les nouveaux savoir-faire acquis. Cette stratégie, intégrant toute la chaîne
du producteur au consommateur, appuyée par la fierté des habitants du Land s’est avérée
créatrice d’emplois et de richesse. Aujourd’hui, la région est l’une des plus prospères d’Autriche
avec un PIB par habitant supérieur à la moyenne nationale de près de 5 %. Les exportations
ramenées au nombre d’habitants sont encore plus spectaculaires, puisque le Vorarlberg présente
un résultat supérieur de 40 % à la moyenne nationale. Un élément clé du modèle est que le
secteur de construction pour les édifices publics est le premier client de l’innovation. Cela crée un
marché et un lieu de démonstration de techniques qui peuvent être exportées par la suite. Tout
cela avec une forêt qui n’est exploitée qu’à la moitié de son accroissement annuel.
Dans ce modèle, transposable dans toutes les régions forestières, l’architecture, l’ingénierie
deviennent un art au service de l’humain en mettant l’intelligence au service de ce qui existe
localement : les ressources et les hommes. Dans l’ensemble des fonctionnalités des forêts du
monde, dans la recherche permanente des éléments pouvant contribuer au développement
durable, il est plus que jamais utile de redonner au bois la modernité d’un matériau noble, fait
pour construire, et capable de satisfaire les besoins humains. C’est incontestablement
l’architecture qui peut en être le moteur. L’économie verte joue ici à plein son rôle et l’expérience
du Voralberg démontre brillamment que ce modèle peut sortir beaucoup de gens de la pauvreté
en une génération. Robinson nous rappelle pourtant que sans une amélioration importante de la
répartition des marges de bénéfices entre acteurs le long des filières, le potentiel important de la
forêt pour encore augmenter sa contribution au développement économique de la région ne
pourra pas être réalisé.
Les projets peuvent aussi dépasser le niveau régional. La Grande Muraille Verte présentée par
Matar Cissé au chapitre 5 est l’un de ces projets d’envergure continentale utilisant les fonctions
de la forêt implantée de main d’homme pour l’adaptation aux changements climatiques et
l’atténuation de la pauvreté. L’émergence d’une « économie verte » au niveau de la Grande
Muraille Verte et son impact sur l’environnement montre que les efforts déployés pour faire face