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au changement climatique pourraient générer à terme, des millions de nouveaux « emplois qui
contribuent à préserver et à restaurer la qualité de l’environnement. Il s’agit pour la Grande
Muraille Verte de prendre des mesures pour garantir des emplois décents contribuant à réduire la
pauvreté tout en préservant l’environnement. En effet, il existe un lien étroit entre, d’une part
l’amélioration des emplois et des revenus des populations rurales et d’autre part la gestion
durable des ressources naturelles; il s’agit d’inverser la tendance de destruction de ces
ressources, largement due à la pauvreté, en faveur de leur préservation sur la base d’un
intéressement économique.
L’étude sur l’état des forêts du Bassin du Congo montre comment les facteurs de dégradation de
ce grand massif forestier procèdent insidieusement. D’abord, on constate que l’intensité de la
perte du couvert forestier est variable en fonction des régions considérées et est principalement
corrélée avec les fortes densités de population et l’intensité des activités minières. Dans les faits,
il apparait qu’actuellement les deux principales causes de changement du couvert forestier
(déforestation et dégradation) sont dues à l’exploitation de la forêt à des fins énergétiques soit
sous forme de bois brut ou le plus souvent sous forme de charbon de bois et à l’agriculture sur
brûlis pratiquée par la grande majorité des communautés d’Afrique tropicale. Les plantations
agro-industrielles, l’exploitation des ressources minières ou pétrolières, ont également un impact
direct par la conversion des zones forestières.
De manière surprenante, de Wasseige constate que l’industrie forestière ne cause pas une
dégradation irréversible des forêts exploitées dans le bassin du Congo, en revanche les routes
forestières constituent des axes de pénétration qui rendent accessibles des espaces forestiers
naguère intouchables. L’impact de l’exploitation informelle et artisanale, qui se développe en
dehors des cadres réglementaires, est plus préoccupant encore que celui de l’exploitation
industrielle. En effet, tout indique que la consommation de bois de l’exploitation informelle serait
de dix fois supérieure à celui de l’exploitation forestière industrielle. Ces informations, issues de la
recherche sont indispensables pour déployer une stratégie mettant en scène l’économie verte
orientée vers la réduction de la pauvreté, si on veut éviter que la situation ne se détériore très
vite. Cet exemple, comme plusieurs autres, montre que les fonds investis dans la recherche
devraient pouvoir se comptabiliser dans l’économie verte.
Cependant, Billand observe que la recherche, pour mieux outiller les décideurs, ne doit pas se
confiner à la recherche sur la foresterie et les opérations forestières. Dans un contexte
d’augmentation de la demande pour des produits agricoles, il est devenu évident que
l’amélioration des rendements ne peut plus se produire au même rythme que pendant la
révolution verte. Or la population humaine est encore en croissance et particulièrement dans les
pays forestiers du sud. Les populations pauvres qui pratiquent l’agriculture traditionnelle ont une
démographie élevée et sont menacées par les changements climatiques. En conséquence la
pression de l’agriculture sur les forêts, qui représente 85 % de la déforestation à l’échelle
mondiale doit interpeler la recherche en agriculture.