Page 69 - Liaison Energie-Francophonie
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Les communautés isolées, un peu partout dans le monde, récupération est la mise en conteneur et l’expédition par
ont accès aux produits de la société de consommation, bateau à un récupérateur situé à plusieurs centaines de
mais bien peu d’entre elles peuvent retourner dans l’éco- kilomètres. Diverses initiatives visant à faire une meilleure
nomie circulaire les matières résiduelles (MR) que ces GMR ont été notées, mais la plupart se sont soldées par
produits importés génèrent. Cela provoque des retombées des échecs, compte tenu des coûts de transport, des diffi-
négatives sur l’environnement souvent fragile de ces com- cultés d’entretien des équipements et de la faible partici-
munautés. Au Québec, il existe plusieurs communautés pation du public.
isolées du réseau routier qui vivent ces problèmes.
Dans la deuxième étape du mandat, un rapport de recherche
De 2014 à 2017, la Chaire en éco-conseil de l’Université et quatre « boîtes à outils » ont été produits. Un organi-
du Québec à Chicoutimi (UQAC) a réalisé à la demande gramme décisionnel de la GMR regroupant des outils
du Gouvernement du Québec (MDDELCC) un mandat adaptés aux réalités des communautés nordiques isolées
en deux étapes sur la gestion des matières résiduelles du Québec permet de trouver des solutions appropriées à
(GMR) en milieu nordique québécois isolé du réseau la situation particulière de chaque communauté.
routier. La première phase de cette étude visait à rassem-
bler les informations existantes sur les communautés des Pour en arriver à ce résultat, on a d’abord recensé la lit-
trois régions à l’étude, soit le Nunavik, la Basse Côte Nord térature disponible sur la GMR dans les milieux arctiques
et la frontière du Labrador, afin de contribuer à la mise et isolés du monde et on a mis en place une veille straté-
en œuvre du Plan d’action 2011-2015 de la Politique gique sur les expériences et les bonnes pratiques dans ces
q uébécoise de gestion des matières résiduelles. La seconde milieux. Une expérimentation a été menée dans des
phase visait à proposer des solutions adaptées pour amé- conditions contrôlées (population 240 habitants, collecte,
liorer la performance de la GMR dans ces milieux. tri et stockage en conditions hivernales) pour caractériser
les flux, connaître et décrire les tâches à accomplir et tester
Pour la première phase, les informations ont été recueillies des hypothèses pour le conditionnement des matières
à travers une revue de la littérature, des relevés cartogra- résiduelles (MR) pour le transport et le recyclage. Des
phiques, ainsi que par des contacts et entrevues avec des visites de terrain ont été réalisées dans certaines des com-
personnes ressources. Les flux et la composition des MR munautés et de nombreuses discussions ont eu lieu avec
générées ont été évalués avec une méthode empirique. des transporteurs, des gestionnaires de centres de tri, des
Une fiche a été réalisée pour chacune des communautés recycleurs ainsi que des fournisseurs d’équipements de
afin de tenir compte des caractéristiques culturelles par- compostage, de gazéification et d’incinération.
ticulières, la majorité étant habitées par des populations
autochtones. Les résultats de la recherche ont permis de faire sept
constats et d’élaborer une vingtaine de recommandations
Les communautés étudiées comptent en moyenne 600 per- respectant une approche 3R-V (Réduction à la source,
sonnes (variant de 52 à 1740). Chaque personne génère Réutilisation, Recyclage et Valorisation) :
en moyenne 1.01 tonne de MR par an. L’accès à ces popu-
lations est limité (avion, bateau, train pour Schefferville). 1. Les exigences pour la gestion des LEMN devraient
En vertu du Règlement sur l’enfouissement et l’incinéra- être révisées pour limiter l’éparpillement des déchets
tion des matières résiduelles (REIMR), la gestion des MR et réduire les émissions de polluants affectant l’air, l’eau
se fait donc dans des sites dédiés, les Lieux d’élimination et les sols, tout en prolongeant la vie utile de ces sites ;
en milieu nordique (LEMN), où seuls les résidus domes-
tiques peuvent être brûlés. 2. Il est nécessaire de faire une planification minutieuse
et prudente de la GMR en milieu nordique et isolé ;
Toutefois, de nombreux problèmes ont été identifiés dans
la gestion des LEMN. Les déchets sont brûlés pêle-mêle, 3. Les exigences et les frais liés à la récupération peuvent
ce qui entraîne une pollution de l’air. Ils peuvent par constituer un frein à la GMR ;
ailleurs y séjourner sur de longues périodes, attirant des
animaux opportunistes. Les résidus de construction s’accu 4. La bonne volonté des acteurs est présente dans les com-
mulent souvent étant donné l’expansion démographique munautés et de nombreuses initiatives ont été amorcées
et la construction fréquente de nouveaux bâtiments. Les avec des destins divers ;
véhicules hors d’usage et autres rebuts encombrants sont
trop souvent laissés sur place. Le mode opératoire de la 5. L’importance des passifs (ex : carcasses d’autos accu-
mulées) nuit à la mobilisation ;
NE LAISSER PERSONNE DE CÔTÉ – Atteindre les ODD à l’échelle locale 69

