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S’accorder les moyens (humains, techniques, financiers) au delà du territoire, voire au niveau global (cas de l’émis -
de la compréhension et du diagnostic avant d’engager une sion des GES). Une action qui bénéficiera à l’un au détri -
action est aussi la seule façon d’identifier ou de recon- ment de l’autre ne sera pas acceptée et soutenue à long
naître, parmi les acteurs au sein du territoire concerné, terme ; tous les moyens seront bons pour qu’elle ne
ceux qui garantiront la pérennité des actions par leur s’inscrive pas dans le temps.
implication, leur volonté, leur initiative, qu’ils soient
gouvernementaux ou non gouvernementaux. C’est aussi Un autre moyen (complémentaire et non concurrent)
le moyen d’évaluer les projets antérieurs, de capitaliser les consiste à mener l’action dans un cadre d’application
expériences et savoir-faire des populations concernées, et légalisée à toutes les échelles, et de préférence issu d’un
les résultats des travaux scientifiques sur ce même terri- processus de droit négocié.
toire. Dans cette phase de diagnostic, la nécessaire impli - Enfin, pour que l’action soit équitable, elle doit éviter de
cation des populations n’est plus à démontrer, notamment créer des zones où les sociétés sont systématiquement
en s’appuyant sur leurs regroupements préalablement oubliées ou au contraire aidées, et considérer la terre
organisés (cf. collectivités territoriales, autres associations, comme un patrimoine commun.
regroupements de femmes…). Il est d’ailleurs de plus en
plus reconnu que les collectivités territoriales sont des S’appuyer sur les savoir-faire, mobiliser les
interlocuteurs majeurs dans les pays où les processus de bonnes pratiques et favoriser les innovations
décentralisation ont été mis en place, des portes d’entrée
ou des passeurs de frontières (entre population et gouver - Les actions de LCD mobilisent des pratiques et techniques.
nement, entre échelles locale et nationale). Pour augmenter leur chance de succès, il est admis, mais
pas inutile de le rappeler, qu’elles soient de préférence
Malgré cette conscience de plus en plus collective du éprouvées, co-construites et adaptées aux conditions et
besoin de diagnostic préalable et spécifique à chaque ter - états de la dégradation.
ritoire, le contexte souvent d’urgence de l’aménagement
et de la gestion des terres pénalise l’inclusion, le finance - Comme nous l’avons illustré dans le chapitre 2, ces dites
ment et la mise en œuvre de qualité d’une phase de dia- « bonnes » pratiques favorisent généralement l’association
gnostic dans les projets. Ceci est d’autant plus vrai que le « judicieuse » de plusieurs pratiques (cf. agroforesterie,
projet est porté par un petit collectif, peu reconnu, ou en agropastoralisme, …) et s’intègrent dans les systèmes (sys -
bout de chaîne dans l’organisation territoriale ( e.g. cas des tème d’exploitation, de gestion des terres, d’échanges,
communes). Pourtant, pour un diagnostic de qualité, ces d’entraide…) aux échelles concernées . Elles favorisent les
mécanismes doivent être trouvés, facilités, encouragés à bénéfices locaux et globaux, et les bénéfices locaux n’im -
toutes les échelles de la décision territoriale car, si l’éva- pactent pas négativement les voisins ou territoires loin-
luation et le suivi peuvent sembler coûteux au moment tains. Enfin, elles encouragent et laissent toute la place aux
de leur réalisation, ils peuvent l’être moins que l’action innovations techniques ou sociales, tout autant que leurs
inutile ou l’inaction. effets socio-environnementaux aient bien été évalués.
Conditionner l’action à son appropriation Inscrire l’action dans un processus
et acceptation sociale d’évaluation continue, via des observatoires
Comme nous l’avons décrit en parties 1 et 2, la dégradation
Plus que viser juste, l’action menée sur le territoire
concerné doit être appropriée, acceptée et soutenue à long ou sa remédiation est un processus à court, moyen et long
terme par les populations vivant au sein du territoire, mais terme. Ses mécanismes, causes et conséquences peuvent
aussi par les populations hors territoire, qu’elles soient évoluer dans le temps en un même lieu. Ainsi, au delà du
voisines ou lointaines, potentiellement concurrentes vis à diagnostic initial et « ponctuel » de la dégradation des terres
vis des moyens alloués à la LCD, ou potentiellement dans une zone, il faut pouvoir suivre la dynamique tem-
impactées. porelle là où l’action de LCD n’a pas encore eu lieu comme
là où elle a déjà eu lieu. Investir à long terme et en continu
Un des moyens d’y parvenir est de prendre en compte le dans des outils, appropriés et légalisés, d’évaluation et de
« projet de vie » des sociétés concernées (et leurs valeurs suivi scientifique est une condition nécessaire pour que
sociales) sur le territoire bénéficiant de l’action, mais aussi l’action de LCD reste ciblée et adaptée, et puisse être
les services attendus par les autres sociétés concernées si corrigée si besoin.
l’action est d’ampleur suffisante ou de nature à impacter
Désertification et système terre, de la (re)connaissance à l’action 135
de la compréhension et du diagnostic avant d’engager une sion des GES). Une action qui bénéficiera à l’un au détri -
action est aussi la seule façon d’identifier ou de recon- ment de l’autre ne sera pas acceptée et soutenue à long
naître, parmi les acteurs au sein du territoire concerné, terme ; tous les moyens seront bons pour qu’elle ne
ceux qui garantiront la pérennité des actions par leur s’inscrive pas dans le temps.
implication, leur volonté, leur initiative, qu’ils soient
gouvernementaux ou non gouvernementaux. C’est aussi Un autre moyen (complémentaire et non concurrent)
le moyen d’évaluer les projets antérieurs, de capitaliser les consiste à mener l’action dans un cadre d’application
expériences et savoir-faire des populations concernées, et légalisée à toutes les échelles, et de préférence issu d’un
les résultats des travaux scientifiques sur ce même terri- processus de droit négocié.
toire. Dans cette phase de diagnostic, la nécessaire impli - Enfin, pour que l’action soit équitable, elle doit éviter de
cation des populations n’est plus à démontrer, notamment créer des zones où les sociétés sont systématiquement
en s’appuyant sur leurs regroupements préalablement oubliées ou au contraire aidées, et considérer la terre
organisés (cf. collectivités territoriales, autres associations, comme un patrimoine commun.
regroupements de femmes…). Il est d’ailleurs de plus en
plus reconnu que les collectivités territoriales sont des S’appuyer sur les savoir-faire, mobiliser les
interlocuteurs majeurs dans les pays où les processus de bonnes pratiques et favoriser les innovations
décentralisation ont été mis en place, des portes d’entrée
ou des passeurs de frontières (entre population et gouver - Les actions de LCD mobilisent des pratiques et techniques.
nement, entre échelles locale et nationale). Pour augmenter leur chance de succès, il est admis, mais
pas inutile de le rappeler, qu’elles soient de préférence
Malgré cette conscience de plus en plus collective du éprouvées, co-construites et adaptées aux conditions et
besoin de diagnostic préalable et spécifique à chaque ter - états de la dégradation.
ritoire, le contexte souvent d’urgence de l’aménagement
et de la gestion des terres pénalise l’inclusion, le finance - Comme nous l’avons illustré dans le chapitre 2, ces dites
ment et la mise en œuvre de qualité d’une phase de dia- « bonnes » pratiques favorisent généralement l’association
gnostic dans les projets. Ceci est d’autant plus vrai que le « judicieuse » de plusieurs pratiques (cf. agroforesterie,
projet est porté par un petit collectif, peu reconnu, ou en agropastoralisme, …) et s’intègrent dans les systèmes (sys -
bout de chaîne dans l’organisation territoriale ( e.g. cas des tème d’exploitation, de gestion des terres, d’échanges,
communes). Pourtant, pour un diagnostic de qualité, ces d’entraide…) aux échelles concernées . Elles favorisent les
mécanismes doivent être trouvés, facilités, encouragés à bénéfices locaux et globaux, et les bénéfices locaux n’im -
toutes les échelles de la décision territoriale car, si l’éva- pactent pas négativement les voisins ou territoires loin-
luation et le suivi peuvent sembler coûteux au moment tains. Enfin, elles encouragent et laissent toute la place aux
de leur réalisation, ils peuvent l’être moins que l’action innovations techniques ou sociales, tout autant que leurs
inutile ou l’inaction. effets socio-environnementaux aient bien été évalués.
Conditionner l’action à son appropriation Inscrire l’action dans un processus
et acceptation sociale d’évaluation continue, via des observatoires
Comme nous l’avons décrit en parties 1 et 2, la dégradation
Plus que viser juste, l’action menée sur le territoire
concerné doit être appropriée, acceptée et soutenue à long ou sa remédiation est un processus à court, moyen et long
terme par les populations vivant au sein du territoire, mais terme. Ses mécanismes, causes et conséquences peuvent
aussi par les populations hors territoire, qu’elles soient évoluer dans le temps en un même lieu. Ainsi, au delà du
voisines ou lointaines, potentiellement concurrentes vis à diagnostic initial et « ponctuel » de la dégradation des terres
vis des moyens alloués à la LCD, ou potentiellement dans une zone, il faut pouvoir suivre la dynamique tem-
impactées. porelle là où l’action de LCD n’a pas encore eu lieu comme
là où elle a déjà eu lieu. Investir à long terme et en continu
Un des moyens d’y parvenir est de prendre en compte le dans des outils, appropriés et légalisés, d’évaluation et de
« projet de vie » des sociétés concernées (et leurs valeurs suivi scientifique est une condition nécessaire pour que
sociales) sur le territoire bénéficiant de l’action, mais aussi l’action de LCD reste ciblée et adaptée, et puisse être
les services attendus par les autres sociétés concernées si corrigée si besoin.
l’action est d’ampleur suffisante ou de nature à impacter
Désertification et système terre, de la (re)connaissance à l’action 135

