Page 137 - lef-105
P. 137
règles d’organisation des sociétés qui puissent reconnaître En sciences de l’ingénieur et innovations
plus systématiquement les droits de tous. technologiques
Ces règles doivent être organisées à différentes échelles Pourquoi ne pas mobiliser davantage les innovations
de temps et d’espace, différents niveaux d’organisation des technologiques sur les problématiques des zones arides
sociétés et de leur territoire, et être connectées entre elles. dégradées, de dégradation des ressources, d’insuffisance
Elles devraient se fonder sur des repères culturels d’ordre de la production agricole et de dépeuplement des zones
éthique, de qualité de vie des sociétés qui puissent s’ins- rurales ? Pourquoi ne pas mobiliser les innovations tech-
crire dans la durée. Les rapports de force, les conflits, les nologiques dans les régions arides pour faciliter la vie des
négociations qui caractérisent la démocratie et les prin- populations qui y sont ou en attirer d’autres, venues
cipes de cette dernière doivent être présents dans la d’autres pays, d’autres continents ? Les possibilités de
réflexion. Comment faciliter et améliorer une gestion et mobiliser les ressources des régions sèches pour (re)peupler
une gouvernance adaptées, équitables, etc., organiser les leurs zones rurales tout en améliorant leur accès aux ser-
synergies et les compétences pour l’adaptation, restaura- vices sont immenses ; il suffit de regarder par exemple les
tion, réhabilitation d’un lieu qui ne pénalisent pas le nouveaux systèmes de captage de l’humidité contenue
système voisin ou englobant ? Est-ce que la société du dans l’air qui voient aujourd’hui le jour (cf. http://obser-
numérique peut nous y aider et sous quelles conditions ? vers.france24.com/fr/20160425-ethiopie-tour-transforme-
Dans tous les cas, comment améliorer la connexion entre humidite-eau-potable-climat), ou les imprimantes 3D
science, politique et société civile, associer les démarches capables d’imprimer du verre ( cf. http://www.primante3d.
descendante et ascendante ? com/g3dp/) à partir du sable. De nouveaux jardins sous
serres et petites villes pourraient être créés, les défis de la
En sciences aux interfaces science de demain ne devraient pas avoir de limite !
sociétés-milieux-espaces Ces quatre fronts de science contribueraient globale -
ment à l’enrichissement de la connaissance sur les liants de
Pour mieux connecter l’homme à la « nature », il est néces - l’humain à l’humain et de l’humain à la planète, et ainsi sur
saire d’enrichir la connaissance des mécanismes qui lient les moyens de rendre indissociables et interconnectés les
l’homme individuellement et/ou en collectif selon ses 17 Objectifs de développement durable, seuls garants pour
niveaux d’organisation à son milieu pseudo naturel, aux mener à bien le projet commun des humains de « changer
ressources pseudo-naturelles dont il dépend pour respirer, le monde » par l’action. Ils pourraient contribuer à la
s’alimenter, être en bonne santé, etc. Le chapitre 2 a bien définition émergente du paradigme de coviabilité socio-
montré par exemple que, si l’on connaît de mieux en écologique, portée par Olivier Barrière et al. (2017) , et à
3
mieux les mécanismes d’érosion éolienne, comme les nous faire sortir du modèle unique du développement.
maladies diarrhéiques, on connaît encore mal les liens de
causes à effets entre les deux ; idem entre les terres dégra -
dées en Afrique et la migration en Europe, etc. Conclusion
Au-delà des ces liens qu’il reste à caractériser et à modé- L’action de LCD ne doit pas être un but en soi (politique
liser, dont il faudrait distinguer le générique du spécifique, par exemple) dans les zones sèches. Trop agir ou mal agir,
nous avons encore très peu de données, de raison- accumuler des actions en un même lieu sans concertation,
nements, de méthodes d’analyse, voire de calcul, pour peut parfois tuer l’objectif de l’action mise en œuvre, en
évaluer la diversité et l’intensité de ces liens (quelles popu - l’occurrence la LCD, au mieux la rendre inutile, au pire
lations, paysages et territoires sont concernés ?), pour accentuer la DT. Il y a trop souvent, dans certains pays et
les spatialiser. régions, de l’énergie gaspillée en termes de travail, d’in-
novation et d’argent. Le partage des leçons tirées des
L’abondance des données issues de l’observation de la Terre expériences passées, des compétences et des rôles spéci-
par satellite, et surtout le fait qu’elles couvrent aujourd’hui fiques de chacun, et la mobilisation à différents niveaux
de larges gammes de résolutions et de fréquences tempo - de décision territoriale existent, mais ils peuvent encore
relles, ouvrent des perspectives de détection à distance des être renforcés pour améliorer la justesse, l’efficacité et la
dynamiques à l’œuvre, aussi bien environnementales que
sociales et socio-environnementales. 3. Barrière O. et Behnassi M., David G., Douzal V., Fargette M.,
Libourel T., Loireau M., Pascal L., Prost C., Ravena Canete V.,
Seyler F., Morand S. (editors), Coviability of Social and Ecolo -
gical Systems : Reconnecting Mankind and Biosphere in an Era
of Global Change, Springer, 2017, sous presse.
Désertification et système terre, de la (re)connaissance à l’action 137
plus systématiquement les droits de tous. technologiques
Ces règles doivent être organisées à différentes échelles Pourquoi ne pas mobiliser davantage les innovations
de temps et d’espace, différents niveaux d’organisation des technologiques sur les problématiques des zones arides
sociétés et de leur territoire, et être connectées entre elles. dégradées, de dégradation des ressources, d’insuffisance
Elles devraient se fonder sur des repères culturels d’ordre de la production agricole et de dépeuplement des zones
éthique, de qualité de vie des sociétés qui puissent s’ins- rurales ? Pourquoi ne pas mobiliser les innovations tech-
crire dans la durée. Les rapports de force, les conflits, les nologiques dans les régions arides pour faciliter la vie des
négociations qui caractérisent la démocratie et les prin- populations qui y sont ou en attirer d’autres, venues
cipes de cette dernière doivent être présents dans la d’autres pays, d’autres continents ? Les possibilités de
réflexion. Comment faciliter et améliorer une gestion et mobiliser les ressources des régions sèches pour (re)peupler
une gouvernance adaptées, équitables, etc., organiser les leurs zones rurales tout en améliorant leur accès aux ser-
synergies et les compétences pour l’adaptation, restaura- vices sont immenses ; il suffit de regarder par exemple les
tion, réhabilitation d’un lieu qui ne pénalisent pas le nouveaux systèmes de captage de l’humidité contenue
système voisin ou englobant ? Est-ce que la société du dans l’air qui voient aujourd’hui le jour (cf. http://obser-
numérique peut nous y aider et sous quelles conditions ? vers.france24.com/fr/20160425-ethiopie-tour-transforme-
Dans tous les cas, comment améliorer la connexion entre humidite-eau-potable-climat), ou les imprimantes 3D
science, politique et société civile, associer les démarches capables d’imprimer du verre ( cf. http://www.primante3d.
descendante et ascendante ? com/g3dp/) à partir du sable. De nouveaux jardins sous
serres et petites villes pourraient être créés, les défis de la
En sciences aux interfaces science de demain ne devraient pas avoir de limite !
sociétés-milieux-espaces Ces quatre fronts de science contribueraient globale -
ment à l’enrichissement de la connaissance sur les liants de
Pour mieux connecter l’homme à la « nature », il est néces - l’humain à l’humain et de l’humain à la planète, et ainsi sur
saire d’enrichir la connaissance des mécanismes qui lient les moyens de rendre indissociables et interconnectés les
l’homme individuellement et/ou en collectif selon ses 17 Objectifs de développement durable, seuls garants pour
niveaux d’organisation à son milieu pseudo naturel, aux mener à bien le projet commun des humains de « changer
ressources pseudo-naturelles dont il dépend pour respirer, le monde » par l’action. Ils pourraient contribuer à la
s’alimenter, être en bonne santé, etc. Le chapitre 2 a bien définition émergente du paradigme de coviabilité socio-
montré par exemple que, si l’on connaît de mieux en écologique, portée par Olivier Barrière et al. (2017) , et à
3
mieux les mécanismes d’érosion éolienne, comme les nous faire sortir du modèle unique du développement.
maladies diarrhéiques, on connaît encore mal les liens de
causes à effets entre les deux ; idem entre les terres dégra -
dées en Afrique et la migration en Europe, etc. Conclusion
Au-delà des ces liens qu’il reste à caractériser et à modé- L’action de LCD ne doit pas être un but en soi (politique
liser, dont il faudrait distinguer le générique du spécifique, par exemple) dans les zones sèches. Trop agir ou mal agir,
nous avons encore très peu de données, de raison- accumuler des actions en un même lieu sans concertation,
nements, de méthodes d’analyse, voire de calcul, pour peut parfois tuer l’objectif de l’action mise en œuvre, en
évaluer la diversité et l’intensité de ces liens (quelles popu - l’occurrence la LCD, au mieux la rendre inutile, au pire
lations, paysages et territoires sont concernés ?), pour accentuer la DT. Il y a trop souvent, dans certains pays et
les spatialiser. régions, de l’énergie gaspillée en termes de travail, d’in-
novation et d’argent. Le partage des leçons tirées des
L’abondance des données issues de l’observation de la Terre expériences passées, des compétences et des rôles spéci-
par satellite, et surtout le fait qu’elles couvrent aujourd’hui fiques de chacun, et la mobilisation à différents niveaux
de larges gammes de résolutions et de fréquences tempo - de décision territoriale existent, mais ils peuvent encore
relles, ouvrent des perspectives de détection à distance des être renforcés pour améliorer la justesse, l’efficacité et la
dynamiques à l’œuvre, aussi bien environnementales que
sociales et socio-environnementales. 3. Barrière O. et Behnassi M., David G., Douzal V., Fargette M.,
Libourel T., Loireau M., Pascal L., Prost C., Ravena Canete V.,
Seyler F., Morand S. (editors), Coviability of Social and Ecolo -
gical Systems : Reconnecting Mankind and Biosphere in an Era
of Global Change, Springer, 2017, sous presse.
Désertification et système terre, de la (re)connaissance à l’action 137

