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Crédit photo : J. Seghieri








Culture de sésame sous parc à karité au Burkina Faso



La régénération naturelle assistée, communément appelée de 15 à 20 fois plus d’arbres dans les champs. Dans la région
RNA (Samaké et al., 2011 ), consiste à identifier, maté- de Maradi, au moins 5 millions d’ha ont été récupérés en
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rialiser et protéger les jeunes sauvageons ligneux issus de 20 ans (une moyenne de 250.000 ha/an) pour des coûts
régénération spontanée au sein des parcs, des jachères, des relativement faibles (3 500-11 000 F CFA/ha), la RNA
savanes ou des forêts. Elle a pour but de provoquer, ou de étant déjà familière aux communautés rurales (Garrity
stimuler, la régénération naturelle d’essences ligneuses et al., 2010).
locales, bien adaptées aux conditions environnementales
et aux pratiques de gestion des communautés qui en Avec la RNA, les arbres ne sont toujours pas plantés. Cette
dépendent. Elle assure leur développement et leur inté- pratique peut aussi être sensiblement complétée par
gration dans l’espace agricole à des densités suffisantes pour d’autres techniques de gestion et de renouvellement de la
augmenter le rendement global de cet espace. Elle permet ressources : coupe sélective ou cernage des arbres, semis
enfin de contourner les interdits fonciers, par exemple en pépinières avant plantation, semis direct au champ,
l’interdiction de planter sur les terres empruntées, en induction de drageonnage, de rejets de souche, greffage,
protégeant la régénération ligneuse spontanée qui n’entrent etc. Une bonne partie de ces techniques a été testée depuis
pas dans le cadre de cet interdit. C’est la RNA qui a permis 2012, de manière participative et consensuelle, dans des
la mise en place et le maintien des parcs agroforestiers projets de lutte contre la dégradation et le vieillissement
soudano-sahéliens partout où – et tant que – l’usage des des peuplements de karité (v. paradoxa) au Burkina Faso
terres était favorable à la régénération naturelle des essences (INERA-DEF).
forestières utilisées. Conclusion

Avec la diminution des durées et des surfaces en jachère,
cette pratique séculaire demande d’être soutenue et amé - Malgré ses nombreux avantages, l’agroforesterie et ses
liorée. Le soutien de cette pratique dans certaines régions modes de gestion améliorée sont souvent desservis, par
du Sahel a permis aux agriculteurs d’investir à plus ou manque de prise en compte de ces connaissances et par
moins grande échelle dans la régénération et le dévelop- les politiques agricoles qui font abstraction de la compo-
pement des parcs agroforestiers. Le succès a été probant sante arborée tandis que les politiques forestières inter-
surtout dans des régions ayant atteint un seuil suffisant de disent de « toucher » à certaines espèces agroforestières
densité de population (« plus de gens, plus d’arbres ») tout protégées, ignorant leur intérêt majeure pour l’agriculteur
en restant en deçà d’une limite néfaste au maintien des comme les intérêts d’une gestion améliorée.
arbres. Ainsi, les régions de Zinder et Maradi au Niger et
la plaine de Seno au Mali sont passées, entre 1975 et 2005,


7. Samaké O., Dakouo J. M., Kalinganire A., Bayala J., Koné B.,
Régénération naturelle assistée. Gestion des arbres champêtres
au Sahel, ICRAF Technical Manual No. 16. Nairobi : World
Agroforestry Centre, 2011.
Désertification et système terre, de la (re)connaissance à l’action 95
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