Page 92 - lef-105
P. 92
Systèmes agroforestiers soudano-sahéliens

Tradition ou innovation ?






Josiane SeGHieri
directrice de reherche ird. umr Hydro-
Sciences montpellier (HSm). La singularité des systèmes agroforestiers
Écologie végétale fonctionnelle, spécialiste soudano-sahéliens
de l’environnement soudano-sahélien.
Coordinatrice et animatrice du réseau L’agroforesterie est pratiquée depuis des siècles sur tous les continents. Les
aGraF sur les Systèmes a Groforestiers en parcs agroforestiers d’Afrique soudano-sahélienne sont constitués d’essences
afrique de l’ouest regroupant des institu-
tions de recherche et enseignement supé- ligneuses dispersées dans les champs cultivés. Leur utilité est multiple pour
1
rieur du Niger, du Bénin, du Burkina Faso, les producteurs et leurs familles (Boffa 2000). Ces essences sont majoritai-
du Sénégal et de la Côte d’ivoire et leurs rement des arbres en zone soudanienne (Adansonia digitata, Parkia biglobosa,
partenaires ird. vitellaria paradoxa, etc.) et des arbustes en zone sahélienne ( Guiera senegalensis,
membre de la liste des experts du m inistère Piliostogma thonningii, etc.). Faidherbia albida est une essence sahélienne dont
2
français des affaires Étrangères sur la la litière contribue à la fertilité du sol (azote) et dont les gousses constituent
désertification. un fourrage apprécié et qui fournit de l’ombrage en saison sèche grâce à une
feuillaison à cette période qui évite la compétition pour les ressources avec
les cultures pluviales associées. Les cultures associées sont des cultures vivrières
(céréales : mil, sorgho, tubercules : igname, manioc) ou de rente (arachide,
coton). Les parcs agroforestiers actuels sont issus d’anciens systèmes de rota-
tions cultures/jachères partout où les densités des populations étaient suffi-
samment élevées pour soutenir une agriculture sédentaire mais assez faibles
pour permettre des durées de jachère qui autorisent la restauration des sols
et de leur fertilité et la régénération des essences ligneuses. Concernant les
arbres (ligneux hauts), à chaque défrichement, les producteurs épargnent un
petit nombre des « meilleurs » spécimens parmi les essences « utiles ». Cette
sélection, intuitive et visuelle, repose sur la bonne santé des individus, leur
maturité et leurs productions, ainsi que sur le maintien d’une densité telle
que la production vivrière associée ne souffre pas de leur concurrence pour
les ressources nécessaires à son développement. Ainsi, rotation après rotation,
des parcs arborés relativement homogènes et de plus en plus productifs ont
émergé. Concernant les arbustes (ligneux bas), ils sont coupés ras au moment
des semis. Ils rejettent des souches très vigoureusement dès la récolte, accen -
tuant leur architecture à plusieurs tiges partant du sol. Le bois et les produits
forestiers non ligneux (feuilles, racines, fruits, noix, graines) sont utilisés pour
la consommation familiale et/ou la vente sur les marchés locaux, nationaux et
internationaux. Ces parcs composés d’essences agroforestières semi-domestiques
constituent ainsi les systèmes agricoles les plus anciens et les plus répandus de
la bande bioclimatique soudano-sahélienne.




1. Boffa J-M, Les parcs agroforestiers en Afriques subsaharienne, Cahiers FAO, Conser -
josiane.seghieri@ird.fr vation n° 34, 2000.
2. Peltier R. (Ed.), Les parcs à Faidherbia, Cahiers scientifiques du CIRAD-Forêts n° 12,
1996.
92 liaison énergie-francophonie
   87   88   89   90   91   92   93   94   95   96   97