À l’occasion de la Journée du commerce organisée dans le cadre de la 16e Conférence Nations unies sur la biodiversité (CdP16) à Cali, en Colombie, Cécile Martin-Phipps, Directrice de l’Institut de la Francophonie pour le développement durable (IFDD), a modéré le 26 octobre 2024 une session sur le thème « Exploiter des marchés innovants et spécialisés pour atteindre les objectifs sociaux et de biodiversité ».
Cette session portait sur le partage d’idées et des meilleures pratiques permettant de tirer avantage des niches biologiques, afin de promouvoir la conservation de la biodiversité, l’inclusion et la justice sociale. La session avait comme intervenants :
· Mme Ivonne Higuero, Secrétaire Générale, Convention sur le commerce international des espèces de faune et de flore sauvages menacées d’extinction (CITES)
· Mme Ingrid-Gabriela Hoven, Directrice exécutive, GIZ
· M. Cecil le Fleur, Président, National Khoi-San Council, Afrique du Sud
· Mme Elisa Aragon, Co-fondatrice et PCA, Nelixia
· Mme Julie Mccarthy, co-PCA, NatureFinance
Dans son propos introductif, Cécile Martin-Phipps a rappelé que la mise d’un cadre mondial ambitieux pour la conservation de la biodiversité pourrait contribuer à l’inclusion sociale et à la justice sociale s’il est effectivement mis en œuvre. Pour répondre à cette aspiration, le commerce est essentiel pour obtenir des avantages comparatifs sur les marchés de niche basés sur l’exploitation durable de produits et services innovants ou spécialisés en matière de biodiversité par un partage judicieux de connaissances et de pratiques exemplaires.
Qu’il s’agisse d’écotourisme, de produits forestiers non ligneux (PFNM), ou d’autres marchés spécialisés ou de niche pour les produits et services issus de la biodiversité, cette session faisait écho aux orientations programmatiques de l’Organisation internationale de la Francophonie, qui a placé le tourisme durable et l’exploitation à long terme de la biodiversité au cœur de son action. En créant des moyens de subsistance résilients grâce à des chaînes de valeur inclusives, ces marchés sont essentiels pour améliorer les conditions de vie des communautés locales tout en préservant et en restaurant l’environnement.
Les échanges ont mis en exergue la manière dont les gouvernements, les secteurs privé et financier, la société civile et les peuples autochtones et communautés locales intègrent la biodiversité et les considérations sociales dans leurs pratiques. Les panélistes ont également exploré des stratégies de mise en échelle de ces pratiques aux marchés traditionnels.
Certains produits et services basés sur la biodiversité se trouvent souvent sur des marchés de niche, innovants ou spécialisés liés aux produits forestiers non ligneux (PFNL), au sous-secteur des compléments alimentaires, à l’écotourisme, etc. Les marchés de niche qui intègrent des considérations sociales et environnementales peuvent remplir un double objectif : conserver et restaurer la biodiversité, tout en créant des moyens de subsistance durables et résilients pour les acteurs de la chaîne de valeur, en particulier les communautés locales.
Cette session s’est concentrée sur les relations entre le commerce international et la conservation de la biodiversité. La modératrice, Cécile Martin-Phipps, a souligné le potentiel du commerce durable pour créer des moyens de subsistance résilients et améliorer le bien-être et les conditions de vie des communautés tout en préservant et en restaurant la biodiversité.
Yvonne Higuero, conférencière principale, a déclaré que les produits issus de la biodiversité ne sont pas seulement des marchandises, ils représentent une bouée de sauvetage pour des millions d’individus, et que nous oublions parfois de comprendre comment les moyens de subsistance sont affectés par la conservation de la biodiversité. Elle a donné des exemples de réussite où le commerce et la récolte non durables d’espèces réglementées par la CITES ont été transformés en entreprises prospères qui procurent un revenu et des emplois aux populations locales. Elle a souligné l’importance des plans de gestion, des programmes de formation, des procédures de traçabilité, du respect des priorités des communautés locales et de la promotion de l’inclusion sociale à chaque étape.
Ingrid-Gabriela Hoven, directrice générale de la GIZ, a souligné l’intégration de la conservation de la biodiversité au commerce durable et à l’équité sociale. Elle a partagé l’approche de la GIZ visant à donner aux communautés autochtones les moyens de répondre aux exigences du marché international, tout en réduisant les barrières commerciales de la valorisation économique des produits naturels. Elle a décrit le développement de plus de 20 partenariats commerciaux entre l’Afrique et l’Europe dans le domaine de la biodiversité grâce à un projet de la GIZ.
Cecil Le Fleur a partagé l’expérience des peuples Khoï San dans la négociation avec succès d’un accord révolutionnaire de partage des avantages pour le commerce du rooibos, une plante endémique des montagnes du Cederberg. Il a souligné l’augmentation de la demande mondiale de la plate et l’inclusion d’avantages non monétaires, tels que l’éducation qui aide à améliorer la communauté et offrir des possibilités aux jeunes de devenir entrepreneurs et propriétaires d’entreprises. Les leçons tirées de l’accord sur le rooibos ont conduit à un accord pour le buchu, une plante médicinale.
Elisa Aragon, cofondatrice et PDG de Nelixia, a partagé l’expérience de son entreprise au Paraguay en travaillant avec de petits agriculteurs pour produire de manière durable des ingrédients naturels pour les parfums, les cosmétiques, les épices et les herbes. Elle a décrit la mise en œuvre d’un plan de gestion pour la récolte durable du gaïac officinal dans la région d’El Chaco, ainsi que l’adoption de normes visant à améliorer les conditions de vie des travailleurs. Elle a souligné la difficulté de monétiser les normes de durabilité et plaidé en faveur d’une nouvelle bioéconomie.
Julie McCarthy, Co-CEO de NatureFinance, a souligné la croissance des différents instruments et outils financiers pour soutenir le financement de la biodiversité et les objectifs plus larges du Cadre mondial sur la biodiversité (GBF) de Kunming-Montréal. Elle a souligné l’importance des informations numériques sur les séquences de ressources génétiques (DSI) d’espèces prélevées dans leurs pays d’origine, qui sont utilisées pour générer des énormes profits pour les entreprises, mais pas pour les communautés hôtes. Elle a mis en exergue d’autres innovations financières pour soutenir les industries axées sur la biodiversité, notamment les instruments de dette liés à la durabilité, les échanges (swaps) de dette contre la nature et les obligations de conservation. Elle a décrit un projet en Afrique de l’Ouest qui lie un indicateur de performance sur la conservation des forêts à des taux d’intérêt réduits, et a salué les efforts du Brésil et de l’Afrique du Sud pour développer des stratégies de bioéconomie.
Au cours des discussions, les intervenants ont mis l’accent sur la capacité des collectivités à négocier des accords; les incitations fiscales potentielles et les pratiques qui protègent le secteur privé; l’importance des certifications; les stratégies d’éducation et de communication des consommateurs; la reproduction de modèles réussis; les stratégies économiques liées aux engagements en matière de climat et de biodiversité; et la priorité donnée à l’investissement public dans des secteurs qui produisent simultanément des avantages pour le climat, la nature et les populations.
En prélude de cette journée, Lionelle Ngo-Samnick, coordonnatrice de projet à l’IFDD, a participé le 25 octobre 2024, aux échanges informels sur le financement du commerce durable en vue d’accélérer les objectifs du KMGBF. Ces discussions informelles ont jeté les bases de la Journée du commerce de la CdP16 le 26 octobre.
Pour rappel, la Journée du commerce de la COP16 a été coorganisée par la Conférence des Nations Unies pour le commerce et le développement (CNUCED), l’Organisation mondiale du commerce (OMC), la Convention sur la diversité biologique (CDB) et le Programme des Nations Unies pour l’environnement (PNUE) en collaboration avec d’autres partenaires tels que l’OIF ou la GIZ. Elle avait pour objectif de faciliter les discussions sur les meilleures pratiques et les solutions pour les politiques liées au commerce afin de lutter contre la perte de biodiversité et de mettre en œuvre les objectifs et les cibles du Cadre mondial de la biodiversité Kunming-Montréal (KMGBF).