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Figure 2 : Bilans annuels des flux de matière organique, d’azote et de phosphore dus à l’ingestion fourragère
(barres à l’extrême droite des histogrammes) et aux excrétions du bétail estimés par type d’occupation
des sols sur le terroir de Kodey, Dantiandou, Niger.


au Sénégal et le Coton au Mali (Dufumier, 2005). En effet, soumis à très forte charge sont envahis par des espèces
les revenus générés ont en partie été investis dans l’achat nitrophiles favorisées par la concentration des excrétions
d’engrais, d’animaux de traction de charrues et de char- et le piétinement intense. Ces nitrophiles sont générale-
rettes (Vall et al., 2003). Que ce soit dans le cadre de ment très productives, parfois bonnes fourragères ( Tribulus
cultures de rente ou de cultures vivrières, le renforcement terrestris, Dactyloctenium aegyptiacum… ), et d’autrefois des
de l’intégration cultures-élevages est l’une des voies de refus fourragers (Sida cordifolia, Cassia oblongifolia… ) (Hier-
l’intensification agraire. Outre les animaux de trait ou de naux et Le Houérou, 2006). Toutefois, à l’échelle régio-
bât, il s’agira surtout d’unités d’élevage d’opportunité : nale, la pression pastorale accrue n’a pas entravé
embouche ovine ou bovine, une unité de production l’augmentation du couvert végétal post sècheresse qualifié
laitière. Ces élevages valorisent les chaumes, fanes, sons de « reverdisssement du Sahel » (Dardel et al., 2014). Plus
et sous- produits agricoles, et produisent des fumiers pour que les risques de dégradation par surpâturage, ce sont les
maintenir la fertilité de sols cultivés en continu. Ces paramètres de reproduction dans les troupeaux (âge à la
élevages d’opportunité sont dépendants des élevages pas - première mise bas, intervalle entre mises bas…) contrôlés
toraux trans humants qui fournissent les jeunes animaux. par la nutrition des mères qui déterminent la viabilité de
l’élevage reproductif, et donc les limites de l’association
Mais le développement des unités mixtes cultures-élevages de l’élevage pastoral et des cultures (Lesnoff et al., 2012).
est contraint par l’accès aux terres de parcours locales,
surtout en saison des pluies durant lesquelles le bétail est D’une façon générale, les marges d’intensification « interne »
exclu des champs. Les craintes de dégradation par « sur- des systèmes agraires que ce soit par l’amélioration de la
pâturage » de ces espaces pastoraux rétrécis sont souvent gestion des arbres par la RNA, les aménagements anti-
exprimées, d’autant que leur statut de communs les érosifs ou le renforcement de l’association cultures-
désigne aussi comme aires de passage pour les troupeaux élevages, sont étroites. La contrainte de la fertilité des sols
transhumants (Boudet, 1972). Et il est vrai que le couvert est telle qu’il est illusoire d’intensifier l’agriculture sans
herbacé de nombre d’entre eux est maintenu très bas par avoir recours aux engrais minéraux azote et phosphore
cette pâture intense. Localement, sur les glacis d’érosion (Breman et al., 2001 ; Bationo et al., 2012). Il ne s’agit pas
rocheux ou cuirassés, la réduction du couvert végétal a d’apporter des doses comparables à celles pratiquées dans
pu favoriser la concentration du ruissellement, qui a les pays « occidentaux » et « émergents », mais d’applications
conduit à la création de ravines et contribué aux change - placées de microdoses qui ont déjà fait leurs preuves
ments de régime hydrique observés au Sahel et nommés (Abdoulaye et Sanders, 2006). Dans cette perspective,
« paradoxe sahélien » (Gal et al., 2016). D’autres parcours l’avantage des systèmes mixtes cultures-élevage est que

Désertification et système terre, de la (re)connaissance à l’action 89
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