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diversité des agricultures familiales
soudano-sahéliennes
Entre l’adaptation aux rigueurs du climat et des sols
et l’intensification pour assurer la sécurité alimentaire
Pierre HierNaux
Pierre Hiernaux, ingénieur agronome
(eNSam 1970) et docteur en écologie ( uni- La grande diversité des agricultures paysannes
versité des Sciences et techniques du
Languedoc, montpellier 1975) est retraité familiales des régions soudano-sahéliennes
du CNrS (mars 2014), consultant (autoentre -
prise « Pastoc »). Spécialiste en écologie La grande diversité des agricultures familiales de l’Afrique sahélienne était
végétale appliquée à la gestion des res- déjà mise en exergue et analysée par les auteurs de « sahels, diversité et dyna-
sources naturelles, Pierre Hiernaux totalise miques des relations sociétés-nature », édité par Raynaut (2001). Comme l’indi-
une quarantaine d’années d’expérience
professionnelle en afrique tropicale. il quaient les auteurs, cette diversité repose sur le gradient de climats tous régis
est l’auteur ou le co-auteur de plus de par la mousson ouest-africaine mais qui diffèrent par le volume des pluies
150 publications portant en particulier sur annuelles (de 100 à 1200 mm) et la durée de la saison des pluies (1-6 mois)
les analyses phyto-écologiques et l’in- ainsi que sur une diversité de sols. La redistribution des eaux de pluies par
ventaire des ressources naturelles, sur la ruissellement et la texture des sols offrent une diversité de régimes hydriques
carto graphie et la télédétection appli-
quée à l’étude de la dynamique des agro- (Breman et de Ridder, 1991), alors que la fertilité des sols est très généralement
Crédit photo : IRD - IRA - Christian Lamontagne écosystèmes, sur la production primaire et faible avec une carence en azote et phosphore assimilables, et peu de matière
sa modélisation, sur le fonctionnement des organique (Penning de Vries et Djiteye, 1982 ; Pieri, 1989 ; Turner et Hiernaux,
systèmes de production agraires, en parti- 2015). Les agricultures reposent sur des cultures vivrières céréalières (mil,
culier pastoraux et agro-pastoraux. sorgho…) mais aussi des cultures associées (niébé, roselle…) et localement
des cultures de rente (arachide, coton…). Une autre dimension de la diversité
est apportée par l’association de ces cultures à des formes d’élevage diversi-
fiées : naisseurs, laitiers, d’embouche, de traction ou de bât pour toutes sortes
de combinaisons entre espèces et races animales.
Ces formes d’élevage associées aux cultures s’échelonnent sur tout le gradient
climatique entre un élevage pastoral mobile, pastoral sédentaire et sédentaire
d’opportunité (Touré et al., 2012). En outre, des contrats et échanges existent
avec les élevages pastoraux transhumants dont l’itinéraire transite par le village
d’agro-éleveurs tels des confiages d’animaux, des contrats de gardiennage,
de pâture, de fumure (Turner et al., 2014). Cette diversité d’agricultures
familiales marque les paysages soudano-sahéliens par un parcellaire de champs
et jachères dans le parc agro-forestier, des pistes qui rayonnent autour de
chaque village pour l’accès aux champs, aux villages voisins et aux marchés,
et un réseau de couloirs de passage du bétail qui relient les campements
pastoraux et gîtes du bétail aux réserves pastorales et aux points d’eau (Fig. 1).
L’association cultures-élevages participe
à des pratiques agro-écologiques paysannes
Les civilisations agraires de l’Afrique soudano-sahélienne ont une très longue
pratique agro-écologique, avec l’intégration de l’arbre dans le parc agro-
forestiers et les jachères arbustives associées à leur génèse, mais aussi dans les
pierre.hiernaux@get.obs-mip.fr haies d’arbustes et parfois d’herbacées pérennes en bordure des champs. Ces
ligneux contribuent à l’affouragement du bétail, de façon principale pour les
Désertification et système terre, de la (re)connaissance à l’action 87
soudano-sahéliennes
Entre l’adaptation aux rigueurs du climat et des sols
et l’intensification pour assurer la sécurité alimentaire
Pierre HierNaux
Pierre Hiernaux, ingénieur agronome
(eNSam 1970) et docteur en écologie ( uni- La grande diversité des agricultures paysannes
versité des Sciences et techniques du
Languedoc, montpellier 1975) est retraité familiales des régions soudano-sahéliennes
du CNrS (mars 2014), consultant (autoentre -
prise « Pastoc »). Spécialiste en écologie La grande diversité des agricultures familiales de l’Afrique sahélienne était
végétale appliquée à la gestion des res- déjà mise en exergue et analysée par les auteurs de « sahels, diversité et dyna-
sources naturelles, Pierre Hiernaux totalise miques des relations sociétés-nature », édité par Raynaut (2001). Comme l’indi-
une quarantaine d’années d’expérience
professionnelle en afrique tropicale. il quaient les auteurs, cette diversité repose sur le gradient de climats tous régis
est l’auteur ou le co-auteur de plus de par la mousson ouest-africaine mais qui diffèrent par le volume des pluies
150 publications portant en particulier sur annuelles (de 100 à 1200 mm) et la durée de la saison des pluies (1-6 mois)
les analyses phyto-écologiques et l’in- ainsi que sur une diversité de sols. La redistribution des eaux de pluies par
ventaire des ressources naturelles, sur la ruissellement et la texture des sols offrent une diversité de régimes hydriques
carto graphie et la télédétection appli-
quée à l’étude de la dynamique des agro- (Breman et de Ridder, 1991), alors que la fertilité des sols est très généralement
Crédit photo : IRD - IRA - Christian Lamontagne écosystèmes, sur la production primaire et faible avec une carence en azote et phosphore assimilables, et peu de matière
sa modélisation, sur le fonctionnement des organique (Penning de Vries et Djiteye, 1982 ; Pieri, 1989 ; Turner et Hiernaux,
systèmes de production agraires, en parti- 2015). Les agricultures reposent sur des cultures vivrières céréalières (mil,
culier pastoraux et agro-pastoraux. sorgho…) mais aussi des cultures associées (niébé, roselle…) et localement
des cultures de rente (arachide, coton…). Une autre dimension de la diversité
est apportée par l’association de ces cultures à des formes d’élevage diversi-
fiées : naisseurs, laitiers, d’embouche, de traction ou de bât pour toutes sortes
de combinaisons entre espèces et races animales.
Ces formes d’élevage associées aux cultures s’échelonnent sur tout le gradient
climatique entre un élevage pastoral mobile, pastoral sédentaire et sédentaire
d’opportunité (Touré et al., 2012). En outre, des contrats et échanges existent
avec les élevages pastoraux transhumants dont l’itinéraire transite par le village
d’agro-éleveurs tels des confiages d’animaux, des contrats de gardiennage,
de pâture, de fumure (Turner et al., 2014). Cette diversité d’agricultures
familiales marque les paysages soudano-sahéliens par un parcellaire de champs
et jachères dans le parc agro-forestier, des pistes qui rayonnent autour de
chaque village pour l’accès aux champs, aux villages voisins et aux marchés,
et un réseau de couloirs de passage du bétail qui relient les campements
pastoraux et gîtes du bétail aux réserves pastorales et aux points d’eau (Fig. 1).
L’association cultures-élevages participe
à des pratiques agro-écologiques paysannes
Les civilisations agraires de l’Afrique soudano-sahélienne ont une très longue
pratique agro-écologique, avec l’intégration de l’arbre dans le parc agro-
forestiers et les jachères arbustives associées à leur génèse, mais aussi dans les
pierre.hiernaux@get.obs-mip.fr haies d’arbustes et parfois d’herbacées pérennes en bordure des champs. Ces
ligneux contribuent à l’affouragement du bétail, de façon principale pour les
Désertification et système terre, de la (re)connaissance à l’action 87

