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Les compétences « vertes » : un atout pour la jeunesse francophone

Claire Schiettecatte

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Claire Schiettecatte

Par Claire Schiettecatte, Attachée de programme, IFDD

Le 12 août 2023, le monde entier célébrait la Journée internationale de la jeunesse, sous le thème « Compétences vertes pour les jeunes : vers un monde durable ». Alors que ces dernières décennies ont vu naître une prise de conscience collective des enjeux de durabilité, la transition vers un monde plus respectueux de l’environnement reste essentielle pour répondre aux crises multifacettes actuelles (climatiques, alimentaires, sanitaires…) et les jeunes en sont les premiers acteurs.

Or cette transition écologique n’est pas seulement porteuse d’enjeux socio-économiques, mais offre également des perspectives intéressantes d’employabilité et de reconversion professionnelles. Pour l’Organisation mondiale du travail (OIT)[1] ce sont ainsi 8,4 millions d’emplois en création pour les jeunes qui résulteraient de cette vague verte. Portées par une abondante législation en perpétuelle reconstruction, ces professions connaissent un véritable essor, et vont bien au-delà de la seule préservation des espaces naturels.

Assainissement, gestion de l’eau, lutte contre la pollution, énergie durable, agriculture raisonnée, recyclage des déchets… la gestion durable de l’environnement génère des métiers variés, dans tous les secteurs d’activité. Il ne s’agit d’ailleurs pas toujours d’emplois émergents, mais aussi d’une évolution de professions existantes, visant à utiliser efficacement les technologies environnementales dans un cadre professionnel et acquérir des comportements respectueux vis-à-vis de l’environnement. Somme toute, ces emplois dits “verts” contribuent à la préservation de l’environnement à travers des processus plus écologiques ou la production de biens et services environnementaux.

Les défis de l’acquisition de ces compétences nouvelles

Et si le développement de ces activités environnementales diffère selon les pays, un consensus émerge cependant quant à la nécessité de répondre aux besoins de compétences liées à cette transition écologique. Celle-ci ne saurait se faire qu’à travers le développement des compétences vertes de la population, et notamment des jeunes.

Ceux-ci ne pourront en effet saisir les opportunités offertes par cette transition sans être sensibilisés aux activités et technologies qui en découlent et posséder les qualifications nécessaires pour les mettre en œuvre. Dans son rapport de 2021, « Notre programme commun »[2], le Secrétaire général des Nations unies, Antonio Guterres, soulignait ainsi le rôle critique de l’éducation et du développement des compétences pour renforcer la capacité des individus à s’adapter aux transitions technologiques, démographiques et climatiques.

Cependant, les données actuelles tendent à indiquer un déficit de ce type de connaissances chez les jeunes[3], une tendance qui, si elle se confirmait, conduirait en 2030 plus de 60 % des jeunes à ne pas avoir les compétences nécessaires pour réussir professionnellement dans une économie plus verte[4]. L’espace francophone, où plus de 50% de la population a moins de 35 ans, ne sera pas épargné.

Pourtant, la volonté est omniprésente. Selon une enquête menée en 2021 par l’Union africaine, l’Union européenne et l’UNICEF[5], 71 % des jeunes à l’échelle mondiale souhaitent jouer un rôle actif dans la transition écologique[6]. Interrogés en 2020 sur leurs priorités actuelles, dans la consultation jeunesse « La Francophonie de l’avenir »[7] lancée par la Secrétaire générale de la Francophonie, Louise Mushikiwabo, les jeunes francophones soulignaient massivement la priorité i) d’avoir un emploi, ii) de gérer l’environnement et iii) de vivre dans un environnement sain. Ils demandaient l’accès à une meilleure éducation de base et partageaient également leurs préoccupations quant à l’inadéquation entre leurs études et le marché du travail.

Dans cette société de la connaissance où l’application du savoir est devenue un des facteurs majeurs de développement économique, l’enseignement supérieur, pourtant nécessaire à la création et diffusion de ces connaissances, rencontre de nombreux défis, décuplés dans les pays en développement, parmi lesquels les inégalités d’accès et de parcours, la rigidité des pratiques de gestion, mais aussi la pertinence des enseignements[8]. Et si la prééminence du modèle classique d’enseignement supérieur semble remise en question, elle appelle à une actualisation des cursus pour permettre aux jeunes d’être en phase avec les technologies et approches plus environnementales. Face à la durée de vie parfois limitée de ce type de connaissances et des emplois spécialisés, l’éducation continue se pose comme un moyen effectif de mise à jour des compétences[9].

Un parcours structuré en métiers et technologies de l’environnement

L’Institut de la Francophonie pour le développement durable s’inscrit dans cette logique. Défendant l’idée qu’un jeune équipé de connaissances et compétences vertes est un acteur de transformation écologique, l’Institut s’attelle depuis 2017 à renforcer leurs capacités environnementales, à travers notamment plusieurs cours en ligne ouverts et massifs[10] qui comptent 312 956 inscriptions et 124 389 certificats de réussite depuis leurs débuts (avec 90% des jeunes).

Depuis 2021, un tout nouveau programme de formation à la carte avec deux sessions annuelles développe, par secteurs d’activité, un éventail de métiers porteurs et technologies novatrices pour la protection de l’environnement. TIC, eau, énergie, construction, foresterie, agriculture et agroalimentaire, industrie et équipements, gestion des déchets, villes et mobilité, finance durable, biotechnologies… sont tant de domaines abordés et en perpétuelle actualisation.

Dans la même dynamique, l’IFDD a enrichi son offre pédagogique par un parcours structuré où les jeunes ont ensuite la possibilité, sur la base d’un dispositif transparent et compétitif de sélection, de pratiquer sur le terrain les compétences théoriques acquises. En 2022, 204 d’entre eux avaient ainsi participé à deux sessions en présentiel au Cameroun, sur les thématiques « agriculture et agroalimentaire durable » et « construction et énergie durables »[11], et deux en RDC sur les thématiques « déchets et énergie durable » et « phytoremédiation, phytopharmacopée et agroforesterie »[12]. Pour 2023, ce sont 85 jeunes d’Afrique centrale, 100 d’Afrique de l’Ouest et 165 d’Haïti qui étaient concernés avec une orientation des formations tournée vers les pratiques agroécologiques, portant le total à 534 jeunes formés en présentiel en 2 ans.

Alliant entrepreneuriat écologique et innovations technologiques, ces formations viennent renforcer le parcours structuré pour contribuer durablement au développement des compétences des jeunes et à une mise en application rapide. L’impact est déjà au rendez-vous, puisque des centaines de participants ont déjà intégré les enseignements reçus dans leur pratique professionnelle.

Certains organisent déjà des sessions de formation portant sur les techniques d’agriculture durable en milieu rural au Cameroun, au Gabon, en Haïti et au Tchad. Nombreux sont ceux également qui se lancent dans une activité agricole durable ou donnent une tournure plus écologique à leurs propres productions.

D’autres développent des projets rentables et écologiques à impacts rapides. Ainsi, au Cameroun Aimé Cezylle Ngotcho a mis sur le marché le vin Le Paysan à base de feuilles d’hibiscus. Wunie Leubou Kamaha réalise et commercialise les jus de fruits naturels Vitabon. Awel Njifon Oussené, lui, a conçu un centre de santé écologique. En RDC, Balagwa Kabbya a créé une entreprise spécialisée dans la production et la vente de champignons pleurotes et de bio-intrants. Bey Ntunda Kilolo a lancé une unité de production de pavés écologiques à partir de bouteilles en plastique. De son côté, Beni Makila a mis en place une usine de fabrication de craies scolaires. Quant à Lajoie Amazone, il a créé une entreprise verte dénommée Amazone Renewable Energy Solution (ARES) à Kisangani et y emploie une dizaine de jeunes qui œuvrent au dimensionnement des besoins des ménages et entreprises en énergies renouvelables, notamment à travers la fabrication, l’installation et la maintenance de systèmes photovoltaïques et de dispositifs à biogaz. En Haïti, Rebetha Charles, valorise des pertes post récolte de l’arbre à pain pour la fabrication des produits agroalimentaires.  Amos Sylne a créé l’entreprise « Electricotop » pour fournir des services énergétiques modernes à Arniquet, une localité haïtienne enclavée.

Pertinentes et adaptées à leurs réalités socio-économiques, ces compétences vertes qui contribuent efficacement à l’autonomisation des jeunes tout en soutenant la transition écologique sont des signes indéniables de la réussite de cette approche. La diversité des expériences de mise en pratique sont autant d’espoirs pour la jeunesse francophone.

Pour l’IFDD, le défi majeur est dorénavant de démultiplier ce dispositif pédagogique grâce à un partenariat multiforme tout en favorisant son ancrage dans les mécanismes nationaux de formation continue pour mieux répondre aux besoins de plus en plus élevés d’une jeunesse engagée et consciente des enjeux écologiques émergents.

[1] OIT: Global Employment Trends for Youth 2022: Investing in transforming futures for young people. Geneva : ILO, 2022.
[2] Notre Programme commun – Rapport du Secrétaire général Publié par l’Organisation des Nations Unies New York, NY 10017, États-Unis d’Amérique. https://www.un.org/fr/content/common-agenda-report/assets/pdf/Notre_programme_commun.pdf
[3] UNICEF, PwC and Generation Unlimited (2022). The net zero generation: Why the world needs to upskill young people for the net zero transition.
[4] World Skills Clock, https://skillsclock.io/
[5] Fonds des Nations unies pour l’enfance, désigné par l’acronyme UNICEF
[6] African Union, ‘Your Voice, Your Future’ Report, 2021, https://au.int/sites/default/files/documents/39868-doc-yourvoiceyourfuture_-_turning_challenges_into_solutions.pdf
[7]https://www.francophonie.org/sites/default/files/2021-01/Rapport%20Consultation%20Jeunesse_OIF.pdf
[8] Banque mondiale. 2003. Construire les sociétés du savoir. Nouveaux défis pour l’enseignement supérieur. Les Presses de l’Université Laval.
[9] Wagner, A. 1999. « Lifelong Learning in the Univesity : A New Imperative? » In W. Hirsch and L. Weber, eds. Challenges Facing Higher Education at the Millennium, 134-52. American Council on Education. Phoenix. Ariz.: Oryx Press.
[10] Plus d’informations : https://www.ifdd.francophonie.org/formations/?categorie=cours-en-ligne-ouverts-et-massifs-clom
[11] Rapport de la formation pratique 2022 au Cameroun : https://www.ifdd.francophonie.org/wp-content/uploads/2023/03/Rapport-Formations-pratiques-au-Cameroun_juillet-aout-2022.pdf
[12] Rapport de la formation pratique 2022 en RDC : https://www.ifdd.francophonie.org/wp-content/uploads/2023/03/Rapport-_Formations-pratiques-en-RDC_juillet-aout-2022.pdf

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