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Figure 2 : De la viabilité à la coviabilité socio-écologique,
être viable c’est être coviable : un enjeu de régulation
et de contraintes au sein d’interactions
résultant des pratiques adoptées et de l’aménagement
Figure 1 : Synthèse du concept du foncier-environnement comme nouveau
paradigme dans la question de la désertification qu’il fait de son espace de vie. L’avenir de cette viabilité
territorialisée va aussi dépendre des choix techniques et
énergétiques configurant un développement tant social
de la préservation de la biodiversité. Le foncier-environ- qu’écologique.
nement exprime ainsi, à travers les paysages, la relation
homme/nature en tant que reflet d’une conception du intégrer du droit négocié
monde dépendante de l’ordre écologique établi (Barrière
et Barrière, 1997, 43). La troisième clef porte sur la formation de la régulation
juridique. Comment lutter contre la désertification autre -
Promouvoir une coviabilité ment que par les acteurs eux-mêmes ? Faut-il donc pour-
socio-écologique plutôt suivre à imposer un droit exogène au groupe socio-culturel
qu’un développement ou permettre l’implication, la responsabilisation des
acteurs sur leur propre territoire ?
La seconde clef va consister à se dégager du conditionne -
ment du « développement » et du modèle qui va avec pour Des expériences de terrain nous ont permis de développer
préférer aborder la question en terme de « viabilité ». un concept nouveau de « droit négocié ». Le droit négocié
Notion neutre et transdisciplinaire, la viabilité interroge définit, au sein d’un espace de régulation, un syncrétisme
les caractères de ce qui permet de vivre et de la propension de valeurs et de modèles de comportements d’« être » et
à perdurer. L’approche systémique éclaire sur les connec - de « devoir-être » concertés entre acteurs locaux, régionaux
tions, les interrelations, les différents liens faisant qu’un et nationaux, pour un droit se situant dans une perspective
système n’est jamais autonome et dépend toujours au interculturelle, simultanément légitime aux yeux de la
moins d’un environnement. Ainsi, la coviabilité résulte communauté et de la nation (Barrière et Faure, 2012).
dans un objectif de viabilité d’un espace de contraintes En droit, la négociation conduit à définir un entre-deux :
et de régulation ; elle se définit par des liens de viabilité une combinaison entre régulation endogène et droit posi -
entre systèmes. tif. Le résultat est une régulation co-construite conçue
comme révisable et évolutive, mais qui s’impose cepen-
L’humain fait sien un espace sur lequel il exerce un pou- dant. L’objet en question est bien la régulation elle-même :
voir. Cet espace délimité définit un territoire et entre dans règles et normes sont discutées entre ordres ou régimes
une dimension temporelle. L’enjeu de coviabilité se décline de conduite pour créer une intersection entre eux, abou -
par différentes facettes : celle des relations entre l’endogène tissant à la formation d’un espace négocié qui peut être
et l’exogène, et celle des relations internes au sein même identifié comme un « droit de régulation ». Ce dernier
de l’espace territorialisé. La viabilité de l’humain dépend associe les acteurs concernés avec leurs archétypes socié-
souvent de la façon dont il construit les éléments de son taux au processus d’élaboration de normes reconnues par
espace de vie, de ce qu’il « fait » de son territoire. Ce der- tous les niveaux de gouvernance. La régulation repose là
nier va dépendre souvent de sa relation avec l’extérieur et sur la mise en adéquation des intérêts divergents qu’il s’agit
des influences, parfois lointaines, spatiales et historiques. d’harmoniser au sein d’une délibération collective, dépas -
Par cette imbrication, l’humain ne subit pas mais construit sant une régulation de type interventionniste.
une viabilité territoriale dont dépend sa propre santé,
Désertification et système terre, de la (re)connaissance à l’action 119
être viable c’est être coviable : un enjeu de régulation
et de contraintes au sein d’interactions
résultant des pratiques adoptées et de l’aménagement
Figure 1 : Synthèse du concept du foncier-environnement comme nouveau
paradigme dans la question de la désertification qu’il fait de son espace de vie. L’avenir de cette viabilité
territorialisée va aussi dépendre des choix techniques et
énergétiques configurant un développement tant social
de la préservation de la biodiversité. Le foncier-environ- qu’écologique.
nement exprime ainsi, à travers les paysages, la relation
homme/nature en tant que reflet d’une conception du intégrer du droit négocié
monde dépendante de l’ordre écologique établi (Barrière
et Barrière, 1997, 43). La troisième clef porte sur la formation de la régulation
juridique. Comment lutter contre la désertification autre -
Promouvoir une coviabilité ment que par les acteurs eux-mêmes ? Faut-il donc pour-
socio-écologique plutôt suivre à imposer un droit exogène au groupe socio-culturel
qu’un développement ou permettre l’implication, la responsabilisation des
acteurs sur leur propre territoire ?
La seconde clef va consister à se dégager du conditionne -
ment du « développement » et du modèle qui va avec pour Des expériences de terrain nous ont permis de développer
préférer aborder la question en terme de « viabilité ». un concept nouveau de « droit négocié ». Le droit négocié
Notion neutre et transdisciplinaire, la viabilité interroge définit, au sein d’un espace de régulation, un syncrétisme
les caractères de ce qui permet de vivre et de la propension de valeurs et de modèles de comportements d’« être » et
à perdurer. L’approche systémique éclaire sur les connec - de « devoir-être » concertés entre acteurs locaux, régionaux
tions, les interrelations, les différents liens faisant qu’un et nationaux, pour un droit se situant dans une perspective
système n’est jamais autonome et dépend toujours au interculturelle, simultanément légitime aux yeux de la
moins d’un environnement. Ainsi, la coviabilité résulte communauté et de la nation (Barrière et Faure, 2012).
dans un objectif de viabilité d’un espace de contraintes En droit, la négociation conduit à définir un entre-deux :
et de régulation ; elle se définit par des liens de viabilité une combinaison entre régulation endogène et droit posi -
entre systèmes. tif. Le résultat est une régulation co-construite conçue
comme révisable et évolutive, mais qui s’impose cepen-
L’humain fait sien un espace sur lequel il exerce un pou- dant. L’objet en question est bien la régulation elle-même :
voir. Cet espace délimité définit un territoire et entre dans règles et normes sont discutées entre ordres ou régimes
une dimension temporelle. L’enjeu de coviabilité se décline de conduite pour créer une intersection entre eux, abou -
par différentes facettes : celle des relations entre l’endogène tissant à la formation d’un espace négocié qui peut être
et l’exogène, et celle des relations internes au sein même identifié comme un « droit de régulation ». Ce dernier
de l’espace territorialisé. La viabilité de l’humain dépend associe les acteurs concernés avec leurs archétypes socié-
souvent de la façon dont il construit les éléments de son taux au processus d’élaboration de normes reconnues par
espace de vie, de ce qu’il « fait » de son territoire. Ce der- tous les niveaux de gouvernance. La régulation repose là
nier va dépendre souvent de sa relation avec l’extérieur et sur la mise en adéquation des intérêts divergents qu’il s’agit
des influences, parfois lointaines, spatiales et historiques. d’harmoniser au sein d’une délibération collective, dépas -
Par cette imbrication, l’humain ne subit pas mais construit sant une régulation de type interventionniste.
une viabilité territoriale dont dépend sa propre santé,
Désertification et système terre, de la (re)connaissance à l’action 119

