À Abidjan, les acteurs nationaux s’outillent pour intégrer l’adaptation climatique dans les projets de développement
À Abidjan, vingt‑huit acteurs ivoiriens, parmi lesquels six femmes et onze jeunes de moins de 35 ans, ont consacré trois jours, du 11 au 13 mai 2026, à un exercice devenu crucial : apprendre à intégrer l’adaptation climatique dans les projets de développement financés par des guichets non climatiques. Une compétence encore rare, mais désormais indispensable dans un pays où les effets du réchauffement se manifestent avec une intensité croissante.
Dès l’ouverture, les représentants de la GIZ et de l’IFDD ont rappelé l’enjeu : renforcer les capacités nationales pour mobiliser des financements qui, jusqu’ici, restent largement sous‑exploités. Les formateurs ont guidé les participants à travers un parcours dense mêlant concepts scientifiques, outils méthodologiques, études de cas et exercices pratiques.
Les échanges ont mis en lumière une réalité partagée : l’adaptation climatique n’est plus une option technique, mais un impératif stratégique. Les participants ont revisité les fondamentaux, de l’effet de serre aux impacts observés en Côte d’Ivoire, et ont interrogé les défis structurels du pays : accès limité aux données climatiques, coordination institutionnelle insuffisante, besoins financiers “18 fois supérieurs aux flux actuels”, selon les formateurs. L’expression “climatiser le développement”, introduite au cours des discussions, a rapidement trouvé un écho : elle résume l’ambition d’intégrer systématiquement le climat dans la planification, quel que soit le secteur.
Au fil des sessions, les participants ont découvert les outils qui permettent de traduire cette ambition en action : diagnostics de vulnérabilité, cadres logiques adaptés, systèmes MRV, checklists d’intégration climatique, mécanismes de gouvernance, cartographie des parties prenantes. Ils ont également exploré les raisons pour lesquelles tant de plans d’adaptation restent lettre morte : manque d’implication communautaire, modèles importés mal adaptés, contraintes techniques, faiblesse du suivi‑évaluation.
La dernière partie de la formation a plongé les participants dans l’univers exigeant de la budgétisation sensible au climat. Ils y ont appris à identifier, coder et suivre les dépenses climatiques, à distinguer les activités favorables, défavorables ou neutres, et à éviter les dérives de “greenwashing budgétaire”. Les marqueurs, taxonomies et méthodologies internationales ont été passés au crible, tout comme les pratiques émergentes en Côte d’Ivoire.
L’exercice final, l’élaboration collective d’une note conceptuelle, a donné lieu à un vote révélateur : le projet de renforcement de l’inclusion financière et de la résilience des chaînes de valeur agricoles des PME‑PMI a obtenu 88 % des voix, loin devant une initiative axée sur la santé. Un choix qui reflète les priorités nationales : agriculture, ressources en eau, zones côtières. Les formateurs ont salué la qualité du travail tout en soulignant les améliorations nécessaires : intégration des objectifs de développement durable, cartographie des zones affectées, et précision des guichets financiers.
Au‑delà des outils et des méthodes, l’atelier a révélé une dynamique générationnelle. Les onze jeunes professionnels présents ont activement contribué aux débats, témoignant d’une volonté d’inscrire la résilience climatique au cœur des politiques publiques. Les six femmes participantes ont également porté des perspectives essentielles, notamment sur les enjeux de gouvernance locale et d’équité.
En clôturant la session, les organisateurs ont rappelé que cette formation n’était qu’une première étape. Les travaux se poursuivront pour finaliser la note conceptuelle et accompagner les institutions dans la mise en œuvre. Mais une chose est certaine : pendant trois jours, à Abidjan, s’est dessinée l’ébauche d’une nouvelle manière de penser le développement, plus rigoureuse, plus inclusive, et surtout plus résiliente face au climat de demain.