Le constat est sans appel : dans de nombreux pays en développement, le tourisme est à la fois une manne économique et une menace pour les écosystèmes fragiles. Face à ce paradoxe, l’Organisation internationale de la Francophonie (OIF) a lancé en 2024 le projet Destination Éco-Talents, une réponse ambitieuse pour concilier croissance et durabilité. « Le tourisme contribue à une large part du PIB dans des régions comme l’océan Indien ou l’Asie du Sud-Est, mais il ne doit pas se faire au détriment des populations locales ni de l’environnement », explique Adjara Diouf, coordinatrice du projet pour l’OIF-IFDD. L’objectif du projet Destination Éco -Talents (DET) est de créer des écosystèmes touristiques inclusifs, où les jeunes, les femmes et les communautés rurales deviennent des acteurs clés, et non des spectateurs passifs.
Concrètement, le projet DET apporte un accompagnement structurel aux institutions professionnelles du tourisme durable, notamment les ministères et les centres de formation professionnelle, et soutient le développement de circuits / destinations touristiques centrés autour des parcs et réserves au profit de jeunes et des femmes.
Des emplois pour les jeunes, des opportunités pour les territoires
Le projet DET visent à répondre aux défis majeurs que représentent l’insertion professionnelle et l’employabilité des jeunes, souvent confrontés à un marché du travail saturé, à l’exode rural ou à un manque de compétences, notamment pour les jeunes défavorisés.
Grâce à des partenaires de formation réputés, l’OIF appuie des jeunes pour accéder à des programmes de formations pratiques dans les métiers du tourisme durable menant vers l’insertion sur le marché du travail.
Témoignage de Chun Soben, jeune étudiante à Spoons (Cambodge) :
« Issue d’une famille en grande difficulté financière et vivant en milieu rural, j’ai intégré une formation dans les métiers du tourisme dans l’espoir d’améliorer ma situation. Mon rêve d’avoir un emploi dans le secteur de l’hôtellerie et de gagner de l’argent pour soutenir ma famille a été réalisé« .
À un niveau supérieur, des modules de formations sur le tourisme durable adaptées aux réalités des marchés locaux sont intégrés au cursus académique. Selon une étude de l’Organisation internationale du travail [CM1] [AD2] (2022), 65% des employeurs dans le tourisme et l’hôtellerie recherchent désormais des compétences liées au développement durable mais les programme de formation actuels peinent à répondre à cette demande. Le PNUE[1] et l’OMT[2] (2022) estiment que seulement 15 à 20% des formations touristiques dans les pays en développement intègrent de manière satisfaisante les pratiques du tourisme durable.
Ainsi pour l’année 2024/2025, pour ne citer que les pays d’Asie, grâce au projet DET, 449 jeunes diplômés ont été immédiatement insérés sur le marché du travail.
Les métiers du tourisme durable ne sont pas assez mis en avant et ont été beaucoup impactés par la crise sanitaire COVID. La sensibilisation joue un rôle essentiel pour aider les jeunes à mieux s’insérer dans les métiers du tourisme durable en connaissant mieux les opportunités d’emploi dans ce secteur en pleine croissance : guides touristiques responsables, gestion d’espaces naturels, accueil, animation, hôtellerie écologique, etc. Plus les jeunes sont informés, mieux ils se forment, et plus ils augmentent leurs chances de trouver un emploi dans un secteur qui cherche à être durable et respectueux de l’environnement.
L’OIF a contribué à cette promotion et conscientisation des jeunes et des femmes aux pratiques du tourisme durable dans les pays ciblés, notamment avec une Journée portes ouvertes aux Comores sur la découverte des métiers du tourisme durable qui a attirée 415 jeunes visiteurs dont 75% de filles, ainsi qu’une sensibilisation à près de 1000 lycéens cambodgiens. Avec l’Université de Senghor, un opérateur de la Francophonie, un cours en ligne ouvert et massif de sensibilisation/formation a été organisé avec plus de 1868 inscrits [CM3] [AD4] avec 31,1 de femmes et dont 416 qui ont atteint le seuil de réussite.
Sur un autre registre, grâce à des appels à projets ciblés, l’OIF subventionne des initiatives porteuses d’emplois durables et d’amélioration des revenus et du niveau de vie des habitants. « Nous misons sur des secteurs comme l’écotourisme, l’agriculture biologique ou l’artisanat autours des parcs naturels, qui ont un fort potentiel mais manquent souvent de structuration », détaille Mme Cécile Martin Phipps, Directrice de l’IFDD, cheffe de file du projet. L’accent est mis sur le développement de circuits touristiques qui peuvent créer des emplois (guides, hébergement, transports), soutenir l’artisanat et les productions locales et valoriser la culture et le patrimoine. Les bénéficiaires sont des jeunes entrepreneurs, des coopératives féminines, ou encore des collectivités locales qui souhaitent diversifier leur économie, mieux participer à la chaine de valeur touristique.
Au Cambodge ou au Cabo Verde, par exemple, des formations sont dispensées pour apprendre aux guides touristiques à intégrer des pratiques écoresponsables tout en renforçant leur maîtrise du français. Ces deux éléments permettent aux guides touristiques d’être plus professionnels et compétitifs. Cela augmente leurs opportunités d’emploi, améliore nettement leurs revenus et contribue au développement d’un tourisme responsable, bénéfique pour l’économie locale et la protection du patrimoine naturel et culturel de leur pays.
Centre DET, un modèle reproductible et ambitieux
Pour renforcer la visibilité, l’opérationnalité du projet Destination Éco-Talents et stimuler la mise en œuvre de ses activités, il est prévu de mettre en place des centres « Destination Éco-Talents » ou centres DET. Ces centres DET sont conçus, établis, organisés et promus en tant qu’espaces communautaires multifonctions et multi-acteurs dédiés au tourisme durable. Ces « hubs » ne se contentent pas de sensibiliser les touristes aux éco-destinations, ils proposent des formations pratiques et expérientielles, accompagnent les entrepreneurs dans la création d’activités respectueuses de l’environnement, et mettent en réseau les acteurs publics et privés. « Ces centres sont conçus pour être des moteurs de transformation, où l’on apprend à valoriser les ressources locales sans les épuiser », précise Mme Nguyen Thi Cuc Phuong, spécialiste de programme du projet DET pour l’OIF-IFDD.
Les premiers Centres sont en cours de démarrage à Siem Reap, au Cambodge. Cette ville est connue pour ses temples majestueux d’Angkor, classés au patrimoine mondial de l’UNESCO. Elle accueillera également le XXe sommet de la Francophonie en novembre 2026.
Si le projet en est encore à ses débuts, les premiers résultats sont prometteurs. D’ici 2027, plusieurs centres DET devraient voir le jour dans d’autres pays francophones, avec l’ambition de créer un réseau francophone de destinations durables. « Nous voulons montrer qu’un autre tourisme est possible, un tourisme qui crée des emplois, préserve l’environnement et renforce la cohésion sociale », résume Adjara Diouf.
Pour les jeunes, les femmes et les communautés rurales, le message est clair : le tourisme peut être une chance, à condition d’être pensé par et pour les locaux. Et si Siem Reap et ses temples millénaires devenaient le symbole de cette révolution ?
Et vous, seriez-vous prêt à voyager différemment ?<
[1] Programme des Nations Unies pour l’Environnement.
[2] Organisation mondiale du tourisme qui est devenue ONU Tourisme.
[CM1]Du tourisme ou du travail? OMT ou OIT?
[AD2]Organisation internationale du Travail
[CM3]
[AD4]dont 416 (soit 23,1%) ont atteint le seuil de réussite fixé à 60%, nécessaire à l’obtention de l’attestation de participation. Comme c’est un CLOM, de nombreux pays francophones étaient représentés. Pour le % de femmes et jeunes, nous n’avons pas à ce stade le chiffre