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La ville circulaire

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Ces 22 et 23 mars, lAssociation internationale des Maires Francophone (AIMF) met le développement durable au cœur des villes, avec la tenue du 93e Bureau de l’AIMF, sur le thème
«La ville en économie circulaire». L’AIMF y rappelle que, «face aux défis absolument majeurs qui s’annoncent, les politiques publiques ne peuvent plus se contenter d’accompagner en douceur les mutations, ni procéder à de simples ajustements techniques».

Le système économique actuel, classique, est un système dit linéaire. Extraire. Transformer. Distribuer. Consommer. Jeter. Il encourage la surconsommation des ressources en amont (et notamment l’extraction et la consommation de ressources non renouvelables) et le gaspillage, la pollution et les déchets en bout de chaîne. Il est notamment à la base d’une croissance massive et exponentielle des déchets plastiques, qui sont, au final, très peu recyclés à l’échelle globale. La conception du système linéaire est biaisée: le système lui-même est sous une pression croissante, menaçant sa viabilité à long terme.

Selon les Nations Unies, l’économie circulaire permet d’atteindre 3 objectifs clés:

  • Régénérer les écosystèmes : l’économie circulaire va au-delà du recyclage et de la réduction des impacts environnementaux, il faut aussi corriger les erreurs du passé.
  • Éliminer les déchets et la pollution : dans une économie linéaire, les déchets ne sont pas un accident. Ils ont été réfléchis lors de la phase de conception du produit. On peut donc concevoir autrement.
  • Accroître la durée de vie des produits et matériaux : passer d’une notion de «consommateurs» à une notion «d’utilisateur».

Toujours selon les Nations Unies, la forte concentration de personnes, de matériaux, de produits, de capitaux et de données fait des villes des lieux de changement idéaux. Des réseaux denses de personnes et de ressources stimulent la créativité, l’innovation et l’esprit d’entreprise. En tant que laboratoires d’innovation, les villes peuvent expérimenter de nouvelles solutions circulaires et des initiatives pilotes qui pourront ensuite être déployées au niveau national. Avec la présence d’un grand nombre de personnes et de matériaux, les idées circulaires et les modèles commerciaux ont beaucoup plus de chances de réussir. Rappelons notamment que:

  • Plus de la moitié de la population mondiale vit dans des villes. 68% en 2050.
  • Les villes jouent un rôle central dans l’économie mondiale, générant 85% du PIB mondial.
  • Les villes sont également les plus grandes consommatrices de ressources, représentant 75% de la consommation mondiale
  • La moitié de tous les déchets mondiaux sont produits dans les villes.
  • Les villes représentent 60 à 80% des émissions mondiales de gaz à effet de serre.
  • Les villes occupent moins de 2% de la surface de la Terre.

Les villes ont donc un rôle central à jouer dans la transition vers l’économie circulaire et, in fine, l’atteinte des objectifs de développement durable (ODD). Par exemple:

ENVIRONNEMENT BÂTI: Les formes, les constructions et les utilisations des bâtiments, des infrastructures, des quartiers et des villes ont la capacité de façonner la manière dont nous atteignons la circularité dans tous les autres secteurs de l’économie.

  • Les matériaux, les techniques et la conception des bâtiments évoluent rapidement.
  • L’aménagement du territoire, longtemps basé sur l’utilisation de la voiture, a atteint ses limites.
  • L’amélioration de l’efficacité énergétique et l’inclusion de sources d’énergie renouvelables permettent la construction de bâtiments passifs.
  • La fin de vie de vie du bâtiment est réfléchie dès sa conception, transformant le bâtiment en «banque de matériaux».

80 % des bâtiments qui seront habités en 2050 ne sont pas encore construits aujourd’hui.

MOBILITÉ ET TRANSPORT: jusqu’à 50% de la surface des villes est utilisée pour les routes, les stationnements, les stations-services, etc., alors que les routes ne sont utilisées à pleine capacité que de 5% du temps. En Europe, en moyenne, les voitures sont inutilisées environs 92% du temps, sans compter le temps passé dans le trafic ou à chercher une place de stationnement. Une infime fraction de l’énergie du carburant est effectivement utilisée pour déplacer les personnes. Les impacts sur la santé, que ce soit en termes de pollution ou d’accidents de la route, sont également considérables. La planification des villes sur le modèle de la voiture ne respecte pas les principes de l’économie circulaire.

AGRICULTURE ET ALIMENTATION: Les villes ont un grand pouvoir de demande. La plupart des produits alimentaires sont destinés aux villes; la consommation alimentaire moyenne dans les villes est nettement plus élevée qu’à la campagne. Le volume important de déchets alimentaires générés dans les villes offre également des opportunités uniques pour la récupération de matières de valeur.

  • Cultiver localement, agriculture durable
  • Utiliser toute la nourriture: aucun déchet
  • Concevoir et commercialiser des produits alimentaires plus sains

Toutefois, dans cette quête de circularité, les villes font face à de multiples enjeux, tels que:

INFRASTRUCTURES ET COMPÉTITIVITÉ: L’économie circulaire est-elle une opportunité d’investir dans de nouvelles infrastructures durables? Ou, au contraire, les pays en développement seront-ils pénalisés? L’application des principes de l’économie circulaire à l’échelle des villes est-elle compatible avec la satisfaction des besoins de base à court terme? Comment faire de l’économie circulaire quand on importe presque tout! Les entreprises peuvent-elles demeurer concurrentielles?

LÉGISLATIFS: Quels sont les leviers dont les villes disposent pour repenser, optimiser les produits? Quelles politiques publiques? Incitatifs et subventions? Lois et règlements? Normalisation? Exemplarité gouvernementale? Achat publics durables? La société est-elle mûre pour activer certains leviers, tels que la réduction des subventions aux produits pétroliers? À quel coût? Quels seraient les impacts, notamment pour tout le secteur informel?

DONNÉES : Quel est le niveau de circularité possible : local, régional, national, international? À quel moment les boucles de circularité sont-elles trop grandes et annulent-elles tout gain environnemental? Quelles sont les données disponibles? Comment obtenir les données manquantes? État de lieu? Centres de recherche? Baromètres?

Chaque ville devra élaborer et appliquer les politiques publiques circulaires qui lui conviennent. Elles doivent s’adapter: chaque ville circulaire est unique, a son propre contexte, ses propres enjeux, son propre métabolisme. Elles doivent mesurer les progrès: y compris le secteur informel. Elles doivent adopter une approche intégrée: la pensée systémique est essentielle, exigeant que les décideurs travaillent à travers les silos thématiques pour créer une approche cohérente.

Depuis des décennies, les villes se sont développées dans une logique de concurrence, vantant tour à tour leur force d’attraction des territoires, ou de pôle de compétitivité, s’arrachant les sièges sociaux, les promesses d’emplois, ou les citoyens, notamment par la réduction des taxes ou l’étalement urbain. L’avènement de l’économie circulaire impose de changer de paradigme: les villes entrent aujourd’hui dans une logique de coopération. Quels sont les besoins globaux de chaque territoire, quels sont leurs atouts, comment coopérer afin de régénérer les écosystèmes, éliminer les déchets et la pollution, accroître la durée de vie des produits et matériaux? Les villes sont des acteurs incontournables pour l’atteinte des ODD, en autant qu’elles agissent en coopération, et non en compétition.

L’économie circulaire montre la voie à suivre. L’IFDD œuvre à renforcer les connaissances de ses États et gouvernements sur les enjeux et défis de l’économie circulaire.