2023, a été une année riche sur les questions climatiques en général mais plus spécifiquement sur un sujet de l’heure : Le Marché carbone. D’abord que renferme ce concept?
L’Accord de Paris sur le climat a institué, dans son article 6, deux mécanismes de coopération entre pays Parties afin de mettre en œuvre leurs contributions déterminées au niveau national (CDN). L’un des mécanismes (article 6.4) permet à un pays qui a la capacité de séquestrer des émissions de GES ou de les éviter par rapport à un scénario de base à en faire un stock sous forme de « gisement » dit de crédits carbones qu’il pourra mettre sur le marché et vendre à des parties tierces. Cette disposition de l’accord de Paris sur le climat a ainsi vu se développer ces dernières années un marché carbone.
L’ampleur prise par ce marché conduit au traitement de la question par plusieurs foras internationaux. En 2023 on peut noter, entre autres, le « One Forest Sumit » de Libreville, coorganisé par la France et le Gabon, qui constate que « le marché du carbone est marqué par la méfiance et la volatilité des prix » situés « entre 3 et 5 dollars la tonne de CO2, alors qu’un prix plus réaliste se situerait entre 30 et 50 dollars la tonne ».
De son côté, le Sommet de Paris sur un nouveau pacte financier mondial fait le constat que «la tarification du carbone conformément aux objectifs de l’Accord de Paris, reposant sur des normes et des mécanismes transparents, peut jouer un rôle important pour limiter les émissions de gaz à effet de serre (GES) et engendrer des revenus supplémentaires au service de la transition climatique et de la préservation des puits de carbone. Pourtant, seules 39 juridictions nationales ont mis en place des initiatives de tarification du carbone et moins de 4 % des émissions mondiales font actuellement l’objet d’une tarification directe du carbone à hauteur de ce qui est nécessaire pour atteindre l’objectif des 1,5° C d’ici à 2030 ».
Le Sommet des trois bassins, tenu à Brazzaville, appelle quant à lui à une souveraineté des pays riverains dans la fixation de prix justes de la tonne du carbone soulignant ainsi l’ampleur que ce produit commercial est en train de prendre dans les relations internationales.
Où en sont les pays francophones notamment ceux qui disposent d’un potentiel non négligeable des crédits carbones comme ceux du Bassin du Congo?
Une rapide enquête menée par l’IFDD a rapporté une multitude d’initiatives dont certaines sont prometteuses comme en RDC ou au Rwanda. D’autres restent difficiles à saisir en particulier en termes de perspectives de la mise en œuvre des CDN des pays qui les portent. Or , il est unanimement reconnu que cette prolifération d’initiatives de marchés du carbone, alors même que les négociations internationales sur le mécanismes d’opérationnalisation de l’article 6 de l’Accord de Paris n’ont pas encore abouti, n’est pas sans risques pour les pays vendeurs de leurs crédits carbone car il est en effet stipulé à son point 5 de l’article 6 « Les réductions d’émissions résultant du mécanisme visé au paragraphe 4 du présent article ne sont pas utilisées pour établir la réalisation de la contribution déterminée au niveau national de la Partie hôte, si elles sont utilisées par une autre Partie pour établir la réalisation de sa propre contribution déterminée au niveau national ». Autrement dit, la vente des crédits carbone doit se faire en fonction des vraies capacités des parties à respecter leurs propres engagements.
Pour faire un état des lieux complets de ces enjeux, des initiatives mises en œuvre et de leurs impacts, et se questionner sur les perspectives, l’IFDD, en collaboration avec la Banque de développement des États d’Afrique Centrale (BDEAC), organisent des assises sur la question du 23 au 25 janvier 2024 à Yaoundé, au Cameroun. Il s’agira pour la cinquantaine de participants de divers horizons et notamment des Ministères en charge des politiques climatiques de se pencher sur les objectifs spécifiques suivants :
1. Faire un état des lieux des initiatives et projets de marchés du carbone dans l’espace francophone en général et la région du Bassin du Congo en particulier ;
2. Partager les expériences des pays membres sur la question en capitalisant sur les projets déjà en cours dans plusieurs régions francophones (Europe, Amérique du Nord, Afrique de l’Ouest, Afrique centrale, Afrique du Nord et Océan Indien) ;
3. Adopter un plan d’action stratégique pour l’accompagnement des pays de la région pour le développement des marchés du carbone adaptés aux besoins et réalités des pays membres ;
En marge de ses assises, la BDEAC lancera l’Alliance Marché Carbone pour l’Afrique Centrale, à l’image de celle de l’Afrique de l’Ouest. Un partenaire stratégique majeur pour les prochaines années.