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dégradation des terres et sécurité alimentaire
La mise à l’échelle des bonnes pratiques est possible
et rentable
Sébastien SuBSoL
Chef de pôle sécurité alimentaire, nutrition
et agriculture durable au sein du m inistère Les techniques de gestion durable des terres et de
français de l’europe et des affaires étran-
gères, Sébastien Subsol est ingénieur en restauration des sols permettent des améliorations
chef des ponts et eaux et forêts. il a tra- notables de la sécurité alimentaire des ménages
vaillé près de 15 ans afrique de l’ouest et
centrale, dont 8 ans auprès du Comité inter- Cet article se concentre sur le cas des zones sèches et sub-humides des pays
états de lutte contre la sécheresse au Sahel. sub-sahariens, avec le Sahel comme élément central. De nombreuses tech-
il est spécialiste en sécurité ali mentaire et
a appuyé de nombreuses formations sur ce niques de gestion durable des terres et de restauration des sols ont été déve-
thème, en lien avec la dégradation des loppées au Sahel depuis les grandes sécheresses de la fin du vingtième siècle.
terres et le changement climatique, dans Elles consistent dans la plupart des cas en l’aménagement d’impluviums, de
plusieurs pays du Sahel. barrières anti-érosives, et d’une meilleure gestion de la matière organique au
niveau des parcelles. L’introduction d’arbres, notamment des légumineuses,
dans les terroirs, en particulier dans les parcelles cultivées, constitue également
un point majeur. Ces techniques connues sous le nom de Zaï, demi-lune,
régénération naturelle assistée des arbres utiles, cordons pierreux pour les plus
fréquentes, permettent de remettre en culture ou d’améliorer des terres dégra -
dées. Elles sont également importantes en milieu pastoral. Leur extension est
désormais notable dans certaines zones (association Zaï et cordons pierreux
sur le plateau central du Burkina Faso, régénération naturelle assistée dans le
Sud du Niger), dans des pays où plus de 50 % des terres sont dégradées. Elles
permettent des hausses de rendement en céréales à l’hectare allant de 200 kg
à plus de 1000 kg en fonction des techniques (Groupe de travail désertification,
2013). Or, au Sahel, la norme de consommation céréalière est en moyenne
de 200 kg de céréales par an et par habitant. Ces techniques améliorent ainsi
notablement la sécurité alimentaire des ménages. Des bilans céréaliers sim-
plifiés ont été calculés sur cette base par le Comité inter-états de lutte contre
la sécheresse au Sahel pour 25 catégories de ménages dits pauvres et très
pauvres. Ces bilans se basent sur leurs profils socio-économiques donnés par
les travaux sur l’économie des ménages au Burkina Faso et au Niger (voir le
site : www.hea-sahel.org). Ils montrent que l’introduction de ces techniques
rend les ménages auto- suffisants en céréales dans le cas de 20 types de ménages
sur 25. Les ménages qui n’atteignent pas cette autonomie sont ceux qui
résident dans des zones où le micro-foncier domine et ne permet plus à
l’agriculture de nourrir les familles (Subsol et al., 2015).
sebastien.subsol@diplomatie.gouv.fr
Désertification et système terre, de la (re)connaissance à l’action 73
La mise à l’échelle des bonnes pratiques est possible
et rentable
Sébastien SuBSoL
Chef de pôle sécurité alimentaire, nutrition
et agriculture durable au sein du m inistère Les techniques de gestion durable des terres et de
français de l’europe et des affaires étran-
gères, Sébastien Subsol est ingénieur en restauration des sols permettent des améliorations
chef des ponts et eaux et forêts. il a tra- notables de la sécurité alimentaire des ménages
vaillé près de 15 ans afrique de l’ouest et
centrale, dont 8 ans auprès du Comité inter- Cet article se concentre sur le cas des zones sèches et sub-humides des pays
états de lutte contre la sécheresse au Sahel. sub-sahariens, avec le Sahel comme élément central. De nombreuses tech-
il est spécialiste en sécurité ali mentaire et
a appuyé de nombreuses formations sur ce niques de gestion durable des terres et de restauration des sols ont été déve-
thème, en lien avec la dégradation des loppées au Sahel depuis les grandes sécheresses de la fin du vingtième siècle.
terres et le changement climatique, dans Elles consistent dans la plupart des cas en l’aménagement d’impluviums, de
plusieurs pays du Sahel. barrières anti-érosives, et d’une meilleure gestion de la matière organique au
niveau des parcelles. L’introduction d’arbres, notamment des légumineuses,
dans les terroirs, en particulier dans les parcelles cultivées, constitue également
un point majeur. Ces techniques connues sous le nom de Zaï, demi-lune,
régénération naturelle assistée des arbres utiles, cordons pierreux pour les plus
fréquentes, permettent de remettre en culture ou d’améliorer des terres dégra -
dées. Elles sont également importantes en milieu pastoral. Leur extension est
désormais notable dans certaines zones (association Zaï et cordons pierreux
sur le plateau central du Burkina Faso, régénération naturelle assistée dans le
Sud du Niger), dans des pays où plus de 50 % des terres sont dégradées. Elles
permettent des hausses de rendement en céréales à l’hectare allant de 200 kg
à plus de 1000 kg en fonction des techniques (Groupe de travail désertification,
2013). Or, au Sahel, la norme de consommation céréalière est en moyenne
de 200 kg de céréales par an et par habitant. Ces techniques améliorent ainsi
notablement la sécurité alimentaire des ménages. Des bilans céréaliers sim-
plifiés ont été calculés sur cette base par le Comité inter-états de lutte contre
la sécheresse au Sahel pour 25 catégories de ménages dits pauvres et très
pauvres. Ces bilans se basent sur leurs profils socio-économiques donnés par
les travaux sur l’économie des ménages au Burkina Faso et au Niger (voir le
site : www.hea-sahel.org). Ils montrent que l’introduction de ces techniques
rend les ménages auto- suffisants en céréales dans le cas de 20 types de ménages
sur 25. Les ménages qui n’atteignent pas cette autonomie sont ceux qui
résident dans des zones où le micro-foncier domine et ne permet plus à
l’agriculture de nourrir les familles (Subsol et al., 2015).
sebastien.subsol@diplomatie.gouv.fr
Désertification et système terre, de la (re)connaissance à l’action 73

