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Les nouvelles politiques liées aux ces objectifs sont cohérents avec ceux affichés dans les
conventions de désertification et du documents de politique agricole (Initiative 3N du Niger,
climat prennent en compte la mise à plan nationaux d’investissement agricole du Burkina Faso
et du Sénégal). Le niveau de détail varie cependant entre
l’échelle des techniques de gestion les CPDN sur la localisation géographique de l’extension
durable des terres de ces techniques et sur les aspects programmatiques. Des
organismes comme la FAO proposent des outils pour
On voit ainsi que la mise à l’échelle des pratiques de rendre les volets agricoles des CPDN plus opérationnels,
gestion durable des terres agricoles et pastorales peut amé - à l’instar des outils de suivi des modes d’occupation des
liorer la sécurité alimentaire de régions entières mais aussi terres ou des logiciels simulant le stockage du carbone.
au niveau national, en permettant potentiellement de
réduire les importations de céréales. Certaines politiques L’enjeu de revisiter les pratiques est
affichent ce but, en proposant cette mise à l’échelle des
pratiques en fonction des zones agro-écologiques. Des fort, pour s’adapter aux nouveaux
ratios et calculs utiles pour les décideurs sont exposés, qui aléas climatiques et pour aller vers
montrent le retour sur investissement au niveau national, des systèmes alimentaires plus
le nombre de personnes nourries en plus, la quantité de favorables à une bonne nutrition
carbone stockée. L’idée est de montrer les impacts poten -
tiels selon les trois piliers de l’agriculture intelligente face Un point d’attention est cependant important dans ce
au climat telle que décrite par la FAO : sécurité alimen- contexte. Les pratiques de gestion durable des terres
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taire, adaptation, atténuation. En 2015, la CEDEAO a déployées dans les années 1970 et 1980 ne sont plus
organisé à Bamako une conférence sur ce type d’agricul - forcément les plus efficaces. Avec l’accentuation des évè-
ture pour la région ouest africaine. Une note aux décideurs nements climatiques extrêmes, des ajustements sont sou-
publiée à cette occasion a chiffré entre 50 et 170 millions haitables, pour que ces pratiques permettent une plus forte
de dollars les investissements nécessaires par pays sahélien résilience aux aléas climatiques et à l’insécurité alimen-
pour restaurer 5 à 10 % des terres dégradées. Les impacts taire. L’introduction d’arbres dans les terroirs est primor -
en termes de sécurité alimentaire ont également été pré- diale, et l’on voit se développer des techniques de bocage
sentés, avec des hausses de production céréalière allant de sahélien et d’agroforesterie dans de nombreuses zones
90 000 à 280 000 tonnes par an après restauration. Le (Salissou, 2012). La combinaison de plusieurs techniques
nombre de personnes nourries en plus augmenterait for- est également intéressante, car elle permet des hausses de
tement, ce qui doit être mis en regard avec les tendances rendement plus conséquentes (CILSS, 2014). L’ajout de
démographiques (CILSS, 2015). De nombreuses contri- quantités limitées d’engrais, par exemple dans les poquets
butions nationales (CPDN ) déposées par les pays dans le de Zaï, augmente drastiquement les rendements et peut
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cadre de la CdP21 reprennent ce type d’idées. Selon une contribuer fortement à la sécurité alimentaire des ménages.
analyse de la FAO, 100 % des CPDN des pays africains La restauration des terres pastorales est également impor -
proposent l’agriculture comme le premier ou le deuxième tante pour la sécurité alimentaire des zones les plus fra-
secteur porteur de solutions contre le changement clima - giles, vivant principalement d’élevage. L’extension de
tique (FAO, 2016). techniques comme l’utilisation de la charrue Delfino
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pour établir des demi-lunes sur de grands espaces est une
Les CPDN du Niger, du Sénégal, ou encore du Burkina des solutions.
Faso par exemple, proposent une mise à l’échelle ambi-
tieuse de certaines pratiques, dans l’optique de réduire les Les techniques agroforestières ont une autre utilité. Elles
émissions de gaz à effet de serre mais aussi d’améliorer la contribuent à une meilleure nutrition en proposant des
sécurité alimentaire. On citera l’extension des terres sous produits qui améliorent la diète des ménages. L’association
Zaï et cordons pierreux au Burkina Faso, la restauration d’arbres, comme le baobab (Adansonia digitata) et le
des terres pastorales au Niger, ou encore le développement Moringa (Moringa oleiferis), dans des zones maraichères
de la riziculture avec alternance d’irrigation et de mise péri-urbaines ou urbaines comme à Niamey ou encore
à sec des parcelles au Sénégal. Dans la plupart des cas,


1. Communauté Économique des États de l’Afrique de l’Ouest. 3. Charrue spéciale dotée d’une dent pour casser les sols indurés
2. Contribution prévue déterminée au niveau national, qui cor- et d’un soc permettant de creuser des demi-lunes, elle est par-
respond aux engagements du pays dans le cadre de l’accord de ticulièrement efficace pour restaurer les zones pastorales et est
Paris sur le climat. utilisée au Burkina Faso et au Niger.
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