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Les conséquences de l’urbanisation
sur la dégradation des terres en afrique
de l’ouest sahélienne et soudanienne
Frédéric aLexaNdre
Frédéric alexandre est géographe, pro-
fesseur à l’université Paris 13 – Sorbonne L’urbanisation – combinant l’extension des espaces urbains et périurbains et l’augmen -
Paris Cité, directeur de l’ ea Pléiade, centre tation de la part des urbains dans la population, engendrant l’augmentation des consom -
de recherche pluridisciplinaire en lettres,
langues, sciences humaines et des sociétés. mations alimentaires et énergétiques associées – est une des dimensions des changements
Spécialiste de biogéographie végétale et socio-environnementaux qui affectent l’Afrique de l’ouest. L’interprétation en termes
de géographie de l’environnement, il a de désertification et de dégradation des terres des conséquences de ces changements a mis
travaillé sur des terrains diversifiés du tour à tour l’accent sur une explication anthropique, notamment durant la période
domaine méditerranéen à la montagne coloniale, mettant en cause les pratiques agricoles ou pastorales des sociétés rurales, et une
alpine, à l’afrique de l’ouest sahélienne
explication climatique, en particulier lors des années de grande sécheresse (années 1960
et soudanienne et aux mégapoles
européennes. – années 1990). d ans un contexte où entrent aussi en jeu des facteurs démographiques,
économiques et politiques, l’objectif de cet article sera de discuter la façon dont l’urba-
nisation intervient dans les processus de dégradation des terres.
emprise spatiale accrue de l’urbanisation
et dégradation des terres
Le programme Africapolis (Denis et al., 2008) a mis en lumière l’originalité
de l’urbanisation en Afrique de l’Ouest. Elle a pris trois formes.
Le phénomène le plus connu est l’afflux de population dans les grandes
agglomérations comme Dakar dont la population est passée de 400 000 à
2 750 000 habitants de 1960 à 2010, débordant la presqu’île du Cap-Vert
jusqu’à Rufisque. L’urbanisation se traduit, comme partout, par une augmen -
tation des surfaces imperméabilisées et du sol nu, par extension du bâti et du
réseau viaire, aux dépens notamment des surfaces cultivées et des écosystèmes
naturels. Les conflits d’usage du sol, notamment dans les zones où l’agricul-
ture urbaine perdure, se multiplient. À Dakar, les tensions foncières les plus
fortes ont lieu dans les niayes, zones humides interdunaires où le maraîchage
tente de résister à la pression urbaine et à la modification de l’écosystème
(salinisation) (Diop Gueye et al., 2009). Le caractère largement spontané de
l’urbanisation accentue par ailleurs l’érosion et modifie profondément les
conditions d’écoulement.
La deuxième forme de l’urbanisation en Afrique de l’Ouest est la dissémina -
tion périurbaine, particulièrement marquée sur le littoral où se concentre la
population. Ainsi, sur la Petite Côte sénégalaise, elle est continue, s’appuyant
sur les noyaux urbains préexistants de Mbour et Joal-Fadiouth et sur les grands
complexes touristiques (Saly-Portugal). Nourrie par le développement des
résidences secondaires des habitants de Dakar, l’urbanisation diffuse remplit
les interstices, provoque la disparition de surfaces agricoles et mord sur les
alexandre@univ-paris13.fr écosystèmes lagunaires. Cette extension du bâti se fait, par ailleurs, au prix
de l’extraction massive de matériaux de construction, notamment de sable,
76 liaison énergie-francophonie
sur la dégradation des terres en afrique
de l’ouest sahélienne et soudanienne
Frédéric aLexaNdre
Frédéric alexandre est géographe, pro-
fesseur à l’université Paris 13 – Sorbonne L’urbanisation – combinant l’extension des espaces urbains et périurbains et l’augmen -
Paris Cité, directeur de l’ ea Pléiade, centre tation de la part des urbains dans la population, engendrant l’augmentation des consom -
de recherche pluridisciplinaire en lettres,
langues, sciences humaines et des sociétés. mations alimentaires et énergétiques associées – est une des dimensions des changements
Spécialiste de biogéographie végétale et socio-environnementaux qui affectent l’Afrique de l’ouest. L’interprétation en termes
de géographie de l’environnement, il a de désertification et de dégradation des terres des conséquences de ces changements a mis
travaillé sur des terrains diversifiés du tour à tour l’accent sur une explication anthropique, notamment durant la période
domaine méditerranéen à la montagne coloniale, mettant en cause les pratiques agricoles ou pastorales des sociétés rurales, et une
alpine, à l’afrique de l’ouest sahélienne
explication climatique, en particulier lors des années de grande sécheresse (années 1960
et soudanienne et aux mégapoles
européennes. – années 1990). d ans un contexte où entrent aussi en jeu des facteurs démographiques,
économiques et politiques, l’objectif de cet article sera de discuter la façon dont l’urba-
nisation intervient dans les processus de dégradation des terres.
emprise spatiale accrue de l’urbanisation
et dégradation des terres
Le programme Africapolis (Denis et al., 2008) a mis en lumière l’originalité
de l’urbanisation en Afrique de l’Ouest. Elle a pris trois formes.
Le phénomène le plus connu est l’afflux de population dans les grandes
agglomérations comme Dakar dont la population est passée de 400 000 à
2 750 000 habitants de 1960 à 2010, débordant la presqu’île du Cap-Vert
jusqu’à Rufisque. L’urbanisation se traduit, comme partout, par une augmen -
tation des surfaces imperméabilisées et du sol nu, par extension du bâti et du
réseau viaire, aux dépens notamment des surfaces cultivées et des écosystèmes
naturels. Les conflits d’usage du sol, notamment dans les zones où l’agricul-
ture urbaine perdure, se multiplient. À Dakar, les tensions foncières les plus
fortes ont lieu dans les niayes, zones humides interdunaires où le maraîchage
tente de résister à la pression urbaine et à la modification de l’écosystème
(salinisation) (Diop Gueye et al., 2009). Le caractère largement spontané de
l’urbanisation accentue par ailleurs l’érosion et modifie profondément les
conditions d’écoulement.
La deuxième forme de l’urbanisation en Afrique de l’Ouest est la dissémina -
tion périurbaine, particulièrement marquée sur le littoral où se concentre la
population. Ainsi, sur la Petite Côte sénégalaise, elle est continue, s’appuyant
sur les noyaux urbains préexistants de Mbour et Joal-Fadiouth et sur les grands
complexes touristiques (Saly-Portugal). Nourrie par le développement des
résidences secondaires des habitants de Dakar, l’urbanisation diffuse remplit
les interstices, provoque la disparition de surfaces agricoles et mord sur les
alexandre@univ-paris13.fr écosystèmes lagunaires. Cette extension du bâti se fait, par ailleurs, au prix
de l’extraction massive de matériaux de construction, notamment de sable,
76 liaison énergie-francophonie

