Formation agriculture durable Libreville
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Former une génération d’agropreneurs qui transformera le Bassin du Congo

Lionelle Ngo-Samnick

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Lionelle Ngo-Samnick

À Libreville, quarante-quatre jeunes entrepreneurs agricoles venus de six pays d’Afrique centrale ont participé à une semaine intensive de formation pratique et de mentorat. Bien au-delà du transfert de compétences techniques, l’initiative visait à renforcer leur capacité à créer des entreprises viables, résilientes et capables de contribuer à la transformation économique du Bassin du Congo.

Libreville (Gabon). Lorsque l’on évoque le Bassin du Congo, les discussions portent généralement sur ses forêts, sa biodiversité exceptionnelle ou son rôle essentiel dans la régulation du climat mondial. Plus rarement sur sa jeunesse. Pourtant, c’est peut-être dans le potentiel entrepreneurial de cette nouvelle génération que réside aujourd’hui l’une des clés de l’avenir de la région.

Du 5 au 9 octobre 2026, l’Organisation internationale de la Francophonie, à travers l’Institut de la Francophonie pour le développement durable et la Représentation régionale pour l’Afrique centrale, a réuni à Libreville quarante-quatre jeunes entrepreneurs agricoles dans le cadre de l’Atelier régional de renforcement des capacités et de mentorat pratique pour l’agroentrepreneuriat vert des jeunes du Bassin du Congo.

Originaires du Cameroun, du Congo, du Gabon, de la Guinée équatoriale, de la République centrafricaine et de la République démocratique du Congo, les participants partageaient une même ambition : développer des activités agricoles capables de générer des revenus durables tout en répondant aux défis climatiques et environnementaux auxquels leurs territoires sont confrontés.

Le pari de l’entrepreneuriat vert

L’Afrique centrale dispose d’importantes ressources foncières, hydriques et écologiques. Pourtant, la région continue de faire face à des défis persistants : dépendance aux importations alimentaires, faible transformation locale des produits agricoles, accès limité aux financements et chômage élevé des jeunes.

Face à cette réalité, l’atelier a reposé sur une conviction simple : l’agriculture peut devenir un puissant moteur de développement économique lorsqu’elle s’appuie sur l’innovation, l’entrepreneuriat et la gestion durable des ressources naturelles.

Les participants n’étaient pas uniquement venus acquérir de nouvelles connaissances agricoles. Ils étaient avant tout porteurs de projets, dirigeants de jeunes entreprises ou futurs entrepreneurs cherchant à structurer des modèles économiques solides, capables de créer des emplois et d’attirer des investissements.

C’est pourquoi la formation a privilégié une approche résolument pratique. Plus de 80 % du temps a été consacré à des exercices appliqués, des démonstrations techniques et des travaux de groupe directement orientés vers les réalités opérationnelles des entreprises agricoles.

Transformer une idée en entreprise finançable

L’un des principaux défis auxquels sont confrontés les jeunes entrepreneurs agricoles concerne l’accès au financement. Les idées innovantes sont nombreuses, mais elles peinent souvent à mobiliser des ressources en raison d’une préparation insuffisante ou d’un manque de structuration.

Afin de combler cette lacune, les participants ont travaillé sur l’élaboration de plans d’affaires, les modèles économiques, les analyses de rentabilité, les projections financières, la gestion de trésorerie et les stratégies de mobilisation de capitaux.

L’objectif consistait à amener les porteurs de projets à regarder leurs initiatives à travers le prisme d’une institution financière ou d’un investisseur. Ils ont ainsi appris à démontrer la viabilité économique de leurs activités, à mieux évaluer les risques et à identifier les conditions nécessaires à une croissance durable.

À l’issue de l’atelier, vingt-neuf projets entrepreneuriaux ont franchi une étape importante dans leur processus de maturation. Leurs promoteurs disposent désormais d’outils leur permettant de renforcer leur bancabilité et d’envisager plus sereinement leur développement à plus grande échelle.

Cette évolution traduit un changement de paradigme. L’agriculture n’est plus perçue comme une activité de subsistance, mais comme un secteur économique capable de générer de la valeur ajoutée, de mobiliser des investissements et de créer des emplois qualifiés.

L’innovation agricole au service de la résilience climatique

La seconde force de la formation a résidé dans son ancrage concret.

Les participants ont été initiés à plusieurs pratiques innovantes associées à l’agriculture durable et à l’adaptation aux changements climatiques. Ils ont notamment pris part à la mise en place de systèmes agroforestiers, à la création de pépinières agroécologiques, à la fabrication de bio-intrants, à l’installation de dispositifs d’irrigation adaptés et à des démonstrations d’agriculture intégrée.

L’ensemble de ces approches répond à une même logique : produire davantage tout en optimisant l’utilisation des ressources naturelles et en limitant la dépendance à des intrants coûteux ou importés.

La formation a également mis en évidence le potentiel économique de ces solutions. La valorisation des ressources locales, la réduction des coûts de production, la gestion rationnelle de l’eau ou encore la transformation des déchets organiques constituent autant de leviers susceptibles d’améliorer simultanément la rentabilité des exploitations et leur résilience face aux aléas climatiques.

Dans un contexte de variabilité croissante des précipitations et d’augmentation des risques climatiques, ces innovations apparaissent désormais comme des facteurs déterminants de compétitivité.

Le numérique, nouvel accélérateur de performance agricole

L’atelier a également accordé une place importante à la transformation numérique du secteur agricole.

Les participants ont été sensibilisés à l’utilisation d’outils numériques appliqués à la gestion des exploitations, à la cartographie, à l’aide à la décision, à la collecte de données et à l’amélioration de l’accès aux marchés.

Longtemps considérée comme éloignée des réalités rurales, la digitalisation s’impose progressivement comme un outil accessible permettant d’améliorer la productivité, d’optimiser la gestion des ressources et de renforcer la compétitivité des entreprises agricoles.

L’ambition n’est pas de remplacer les savoir-faire existants, mais de les compléter grâce à des technologies simples, adaptées aux contextes locaux et capables d’améliorer la prise de décision.

Des projets porteurs d’emplois et de valeur économique

Au-delà du renforcement des compétences individuelles, l’atelier a permis de mesurer le potentiel économique des initiatives portées par les participants.

Les projections élaborées dans le cadre des travaux de structuration indiquent que les projets accompagnés pourraient contribuer à la création de 220 emplois permanents, bénéficier directement à plus de 1 300 personnes et générer un chiffre d’affaires annuel potentiel supérieur à 684 500 euros.

Ces estimations illustrent une réalité souvent sous-estimée : lorsqu’elle est innovante, durable et bien structurée, l’agriculture peut devenir un véritable moteur de croissance inclusive.

Elles montrent également que les investissements réalisés dans le développement des compétences entrepreneuriales produisent des effets qui dépassent largement le cercle immédiat des bénéficiaires de la formation.

Le défi du passage à l’échelle

La réussite de l’initiative ne se mesurera toutefois pas uniquement à la qualité de la formation dispensée.

Le principal enjeu réside désormais dans la capacité des jeunes entrepreneurs à transformer les acquis de cette semaine de travail en entreprises opérationnelles, en investissements réels et en opportunités économiques durables pour leurs communautés.

Dans cette perspective, un dispositif de mentorat post-formation est envisagé afin d’accompagner les participants dans la consolidation de leurs modèles d’affaires, le renforcement de leur stratégie commerciale et la recherche de partenaires financiers.

Cette dynamique pourrait être renforcée par une future initiative de l’Organisation internationale de la Francophonie. Celle-ci viserait à accélérer le développement d’entreprises agroécologiques portées par les jeunes et à démontrer, à une plus grande échelle, que les solutions fondées sur les écosystèmes peuvent également constituer des modèles économiques performants.

Une génération qui réconcilie économie et écologie

Ce qui s’est joué à Libreville dépasse finalement le cadre d’une simple activité de formation.

Les jeunes réunis au Gabon ont démontré qu’il est possible d’envisager un développement économique qui ne se construit pas au détriment des ressources naturelles, mais grâce à leur valorisation durable.

Pour eux, l’agroforesterie constitue un levier de création de valeur autant qu’un outil de restauration des écosystèmes. Les bio-intrants représentent une opportunité économique autant qu’une alternative environnementale. L’irrigation efficiente améliore la rentabilité tout en réduisant la vulnérabilité aux sécheresses. Quant aux technologies numériques, elles deviennent des instruments de compétitivité et d’innovation.

À travers leurs projets, ces jeunes agroentrepreneurs esquissent ainsi une vision renouvelée du développement du Bassin du Congo : une économie fondée sur l’innovation, la valorisation durable des ressources naturelles, la création d’emplois décents et le renforcement de la résilience climatique.

Si cette dynamique se confirme dans les années à venir, la principale richesse du Bassin du Congo ne résidera peut-être pas uniquement dans ses forêts. Elle se trouvera également dans cette génération d’entrepreneurs qui a choisi de faire de la durabilité un moteur de prospérité et de l’agriculture un secteur d’avenir.

 

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