Retourner aux articles

Transcrire les déclarations politiques en actions : Initiative francophone sur les catastrophes naturelles

Télécharger le billet au format PDF

De plus en plus graves et nombreuses, les catastrophes naturelles appellent à une réponse adaptée. Celle de la famille francophone est avant tout un engagement politique fort en faveur de la solidarité, mais aussi la structuration d’une intelligence collective pour se réapproprier nos territoires en mutation et réinventer notre espace de coopération. Le présent article offre un regard sur les divers engagements pris par la Francophonie pour répondre aux enjeux des catastrophes naturelles, et sur les démarches engagées par l’Institut de la Francophonie pour le développement durable (IFDD) pour les transcrire en actions. Les récents développements témoignent tant de la solidarité d’une communauté de destins que d’une volonté d’affirmation de sa capacité à renouveler ses imaginaires et ses axes d’intervention. Les déclarations politiques et les orientations programmatiques sur ces enjeux font ici l’objet d’une première partie, alors que les dernières en présentent la déclinaison opérationnelle, accompagnée d’une illustration des innovations impulsées dans l’espace francophone.

«Les États et gouvernements membres
de la Francophonie s’engagent à s’investir «
dans la mise en oeuvre du Cadre de Sendai
» à travers la reconnaissance de la gestion des risques de catastrophes comme « condition indispensable du développement durable.»

Des catastrophes naturelles d’une violence inouïe

La recrudescence des phénomènes climatiques extrêmes conjuguée à des facteurs anthropiques de vulnérabilité – telles que les migrations vers les zones côtières, l’urbanisation en zones inondables ou encore la structuration socioéconomique des communautés défavorisées – conduisent à une augmentation du risque de catastrophes. Les phénomènes climatiques extrêmes auront ainsi causé 2 600 milliards de dollars de dégâts et 1,4 million de morts entre 1980 et 2012 (Banque mondiale, 2014).

Malgré les impacts de plus en plus importants qu’elles font peser sur les communautés humaines et leurs environnements à travers le globe, au Nord comme au Sud, les catastrophes naturelles sont encore trop souvent abordées uniquement sous les angles « de la prévision, de la préparation et du secours ». Or, elles nécessitent d’engager des changements structurels liés directement à l’organisation et au développement de nos modes de vie (Revet, 2014). En effet, si la notion de vulnérabilité renvoie à des facteurs biophysiques comme la fréquence des aléas climatiques, la topographie, les conditions environnementales… elle a également une importante dimension socioéconomique liée à des éléments aussi variés que la croissance démographique, les revenus des ménages, l’accès à l’information, la capacité d’atténuation des effets des changements climatiques… Ce sont ces facteurs socioéconomiques qui viennent enraciner la vulnérabilité dans les fondements mêmes de nos sociétés.

Réduire cette vulnérabilité et les risques qu’elle engendre appelle à des stratégies dans lesquelles la capacité d’adaptation du système joue un rôle déterminant. L’action internationale et nationale doit donc davantage soutenir la résilience des populations les plus vulnérables.

Processus de prise en compte des catastrophes naturelles dans la gouvernance internationale

La Décennie internationale pour la prévention des catastrophes naturelles (1990-1999), proclamée par l’Assemblée générale des Nations Unies, aura réussi à imposer la thématique de la prévention des catastrophes naturelles au cœur de l’agenda international. Alors que les débuts de la Décennie ont été consacrés au renforcement des capacités
relatives à la vulnérabilité physique (normes de construction, résistance des matériaux, etc.), la vulnérabilité sociale s’imposera avec le temps comme un enjeu majeur à considérer, notamment à travers l’impulsion de chercheurs en sciences sociales travaillant sur les enjeux du développement.


On assiste ainsi au dépassement de la simple prévention des catastrophes naturelles au travers d’une reconnaissance de l‘arrimage nécessaire entre développement socioéconomique et gestion des risques de catastrophes naturelles (Revet, 2014). Durant la même période, les organisations non gouvernementales s’affirment de plus en plus pour attacher une plus grande attention aux savoirs et compétences locales.

Ce changement de paradigme teintera grandement les deux cadres d’action adoptés dans les années 2000 : le Cadre d’action de Hyogo (2005-2015) et le Cadre d’action de Sendai (2015-2030)2. Le Cadre d’action de Hyogo (CAH) visait à mettre en œuvre la Stratégie Internationale de Prévention des Catastrophes (SIPC), adoptée au terme de la Décennie internationale pour la prévention des catastrophes naturelles. La SIPC avait pour but de renforcer la résilience à travers des actions visant les dimensions environnementales, économiques et sociales des communautés humaines. Peu à peu, ces préoccupations se sont progressivement reflétées dans l’activité des grandes institutions internationales. Par exemple, en 2013, 85 % des stratégies d’aide-pays de la Banque mondiale intégraient les aléas naturels « comme un défi pour le développement durable », comparativement à une proportion de 46 % en 2006 (Banque mondiale, 2014).

Photo: La capitale haïtienne, Port-au-Prince, dévastée après le tremblement de terre de 2010
Credit: United Nations Photo

Des déclarations politiques aux actions : vers une solidarité au service des plus vulnérables

La Francophonie a toujours offert une tribune diplomatique aux plaidoyers de ses États et gouvernements membres menacés par les catastrophes naturelles. Au-delà de cette plateforme sur la scène internationale, l’OIF soutient des actions ciblées de résilience aux niveaux infranational et local. En janvier 2010, à la suite du terrible séisme qui secoue alors Haïti, une cellule d’appui est par exemple rapidement mise en place pour faciliter le transfert de moyens humains et financiers provenant de plusieurs partenaires. Aussitôt, l’OIF priorise l’appui aux institutions haïtiennes et favorise la refondation du système éducatif (Duhaime, 2010). Une Résolution en faveur de la reconstruction d’Haïti est alors adoptée lors du XIIIe Sommet de la Francophonie, en 2010. La résolution engage les membres de l’OIF à travailler en coordination avec les partenaires internationaux, en conformité avec les volontés de l’État haïtien, et à développer des projets qui « dépassent le simple cadre de la reconstruction et qui soient synonyme de développement humain durable ». Haïti est déclarée par la même occasion « pays prioritaire de la solidarité francophone » (OIF, 2010a : 112). Dans le même élan, et en réponse à un appel à la solidarité du secrétaire général de l’époque, Abdou Diouf, l’IFDD, en partenariat avec le PNUD, accompagne le gouvernement haïtien dans le cadre de la refondation institutionnelle par la mise en place et l’opérationnalisation du Bureau national des évaluations environnementales (IFDD, 2016 ; PNUD, 2015).

Tout récemment, dans le cadre de la planification 2017-2018 du Bureau Régional de l’OIF pour l’océan Indien (BROI), l’IFDD a initié la conception d’une initiative francophone pour la prévention et la gestion des catastrophes naturelles dont les axes majeurs ont été discutés lors d’un atelier de formation et d’échanges sur les catastrophes naturelles, organisé à Moroni (Union des Comores), du 23 au 26 avril 2018. Après avoir soulevé plusieurs problématiques à cette occasion, notamment le manque d’information et de systèmes d’alertes précoces, l’insuffisance en infrastructures et équipements adéquats, le manque de coordination et de ressources humaines qualifiées, ainsi qu’une déficience quant à la communication et à la sensibilisation des acteurs concernés (Razakanaivo et Oubeidillah, 2018 : 10-11), quatre axes d’interventions ont été dégagés autour de l’initiative :

  1. Renforcement de la compréhension, de la gouvernance et des connaissances des risques par la production, l’analyse, la valorisation et la diffusion des données
  2. Promotion de programmes, de projets, d’activités et de mécanismes de financement durable pour réduire les risques des catastrophes et améliorer la résilience ;
  3. Développement du partenariat international et régional pour la mutualisation des moyens, le partage de connaissances et d’expériences, ainsi que la coordination ;
  4. Renforcement des capacités techniques et de l’appui mutuel de toutes les parties prenantes tout au long du cycle de gestion de risques de catastrophes.

De ce plan d’action, l’IFDD s’attèle à soutenir, en collaboration avec le BROI et les institutions étatiques en charge des catastrophes naturelles dans les pays de la région, l’élaboration d’un programme régional sur les catastrophes dans l’océan Indien afin de favoriser le développement d’une plateforme opérationnelle d’appui mutuel de sécurité civile, le soutien à la mise en place d’un fonds d’urgence sur les catastrophes et l’opérationnalisation de quelques innovations.

Conclusion

Mieux prévenir et gérer les catastrophes naturelles est une oeuvre collective où toutes les actions doivent être enracinées dans une approche systémique qui va de la mise à disposition de données de qualité à l’aménagement du territoire, en passant par l’amélioration des conditions de vie des populations. C’est cet équilibre crucial et complémentaire entre connaissance, innovation et résilience qu’il faut rechercher. Si l’on ne peut hélas pas juguler la fréquence et la force des catastrophes naturelles qui ne cesseront jamais de nous surprendre, c’est avant tout par une approche d’anticipation et d’adaptation que l’humanité pourra faire face, en s’inspirant des bonnes pratiques tout en se surpassant au-delà de ces contraintes qui nous dépassent. En intégrant des enjeux de durabilité et des thématiques sectorielles et transversales non climatiques, ce processus peut constituer une voie pour un développement plus durable.


Cet article publié dans la  »Revue Liaison Énergie-Francophonie numéro 109 – 3ème trimestre 2018: Catastrophes naturelles : résilience à l’ère des changements climatiques » a été rédigé par Billal Tabaichount et Lionelle Ngo Samnick


Bibliographie

Banque mondiale. (2014). Gérer les risques de catastrophe pour protéger le développement (En ligne) : [https://bit.ly/2BlHxtU] (consulté le 15 août 2018)

Duhaime, Clément. (2010). La coopération de la Francophonie en faveur d’Haïti : un devoir de fraternité. Géoéconomie, vol. 55, n° 4, 125.

OIF. (1995). Actes de la sixième Conférence des chefs d’État et de
gouvernement des pays ayant le français en partage. 383 pages. (En ligne) : [https://bit.ly/2nC9rIa] (consulté le 15 août 2018)

OIF. (2010b). « Abdou Diouf exprime sa solidarité avec le peuple haïtien et lance un appel à la communauté francophone », dans Médiathèque de la Francophonie. (En ligne) : [https://bit.ly/2nHuHfx]
(consulté le 15 août 2018)

Parlement francophone des Jeunes. (2007). « Carnet des résolutions du
Parlement francophone des jeunes », dans OIF. (2008). Actes de la XIIe
Conférence des chefs d’État et de gouvernement des pays ayant le
français en partage, p. 175-186. (En ligne) : [https://bit.ly/2nEIkf J] (consulté le 15 août 2018)

Duhaime, Clément. (2010). La coopération de la Francophonie en faveur d’Haïti : un devoir de fraternité. Géoéconomie, vol. 55, n° 4, 125.

Organisation internationale de la Francophonie. (2016). Déclaration
d’Antananarivo. 10 pages. (En ligne) : [https://bit.ly/2MedRUt] (consulté le 15 août 2018)

OIF. (2010a). Actes de la XIIIe Conférence des chefs d’État et de gouvernement des pays ayant le français en partage. 304 pages. (En ligne) : [https://bit.ly/2nE10Mp] (consulté le 15 août 2018)

Parlement francophone des Jeunes. (2001). « Charte du jeune citoyen
francophone du XXIe siècle », dans Secrétariat des instances. (2002). Actes de la IXe Conférence des chefs d’État et de gouvernement des pays ayant le français en partage, p. 113-121. (En ligne) : [https://bit.ly/2w74I57] (consulté le 15 août 2018)

PNUD. (2015). « Le PNUD appuie le renforcement du Bureau National des Évaluations Environnementales en Haïti (BNEE) », dans ht.undp.org. (En ligne) : [https://bit.ly/2BgFMxN] (consulté le 15 août 2018)

Razakanaivo, Mamy & Abdoul Oubeidillah. (2018). Rapport : « Atelier francophone d’échange et de formation sur la prévention et la gestion des catastrophes naturelles ». IFDD. 33 pages. (En ligne) : [https://bit.ly/2Pbt3j2] (consulté le 15 août 2018)

Revet, Sandrine. (2014). « Le gouvernement mondial des catastrophes « naturelles » », CERISCOPE Environnement. (En ligne) : [https://bit.ly/2OG6Zfn] (consulté le 15 août 2018)