Par Pilar GARRIDO
Directrice
Direction de la coopération pour le développement
Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE)
La biodiversité, pilier de la santé de notre planète, est aujourd’hui menacée par nos activités qui entraînent une dégradation rapide des écosystèmes. En plus de son impact sur l’environnement, la perte de biodiversité affecte les moyens de subsistance, la sécurité alimentaire et la résilience des populations face aux changements climatiques.
La préservation et la restauration de la biodiversité nécessitent une mobilisation des ressources financières, un objectif inclut dans le Cadre mondial de la biodiversité de Kunming-Montréal (CMBKM). La coopération pour le développement joue un rôle clé dans la réalisation de cet objectif mais aussi dans le transfert des compétences et des technologies entre pays développés et en voie de développement. Ces derniers, souvent à la biodiversité bien riche, n’ont pas les ressources financières et techniques nécessaires pour protéger efficacement les écosystèmes. Le financement international, canalisé par des fonds publics et privés, leur permet de renforcer leurs capacités, mettre en place une gestion durable des ressources naturelles, et promouvoir des activités économiques respectueuses de l’environnement.
Selon les données de l’Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE), le financement du développement spécifique à la biodiversité accordé par les membres du Comité d’aide au développement (CAD) a augmenté de 8 % entre 2015 et 2022, passant de 6,6 milliards USD à un record de 7,4 milliards USD. En ajoutant les dépenses des bailleurs multilatéraux (la Banque Mondiale, le Fonds pour l’environnement mondial ou le PNUD), les bailleurs auraient dépensé un total de 15.4 milliards USD en 2022. Malgré tout, ils doivent poursuivre leurs efforts pour atteindre l’objectif 19 du CMBKM, qui appelle à mobiliser au moins 20 milliards USD par an d’ici 2025 et au moins 30 milliards USD d’ici 2030 pour les pays en développement.
Pour être véritablement efficace, ce financement doit être correctement mobilisé, permettre le transfert de technologie et promouvoir des partenariats entre gouvernements, ONG, entreprises et communautés locales, trois points que la coopération pour le développement peut soutenir. Des exemples comme ceux du Costa Rica démontrent que réduire l’extraction des ressources naturelles, notamment les forêts tropicales riches en bois, permettrait la croissance économique. En effet, le Costa Rica a augmenté sa couverture forestière jusqu’à près de 60 % de son territoire en 2020 (21% en 1987) grâce au recours au système de paiement pour services environnementaux et à l’adoption d’une nouvelle loi forestière qui imposait de sévères sanctions à l’exploitation forestière illégale. Ce processus s’est fait tout en améliorant les conditions de vie des populations locales, qui sont à la fois utilisatrices et gardiennes de la biodiversité et des écosystèmes.
Le financement du développement pour la biodiversité ne doit cependant pas se limiter à des subventions ponctuelles ou à des projets isolés. Il doit faire partie d’une vision globale du développement durable qui chercherait à :
- Incorporer les objectifs du CMBKM, comme les cibles de conservation de la biodiversité dans les stratégies nationales de développement, tout en garantissant que les fonds soient utilisés de manière transparente et efficace.
- Créer des mécanismes financiers innovants, tels que les paiements pour services écosystémiques ou les obligations vertes, qui encouragent la participation du secteur privé et augmentent les ressources disponibles.
- Mettre en œuvre des politiques publiques qui intègrent les considérations de biodiversité dans divers secteurs, y compris l’infrastructure, l’agriculture et le développement économique.
L’OCDE soutient les bailleurs et bénéficiaires dans leur quête de préservation de la biodiversité. Elle s’efforce, depuis 2024, d’aider les bailleurs à mobiliser des financements privés pour les objectifs de biodiversité par le biais du financement du développement. Ainsi, l’organisation s’est associée à l’Institut de la Francophonie pour le Développement Durable (IFDD) pour mieux comprendre les défis qui affectent les membres de l’OIF dans l’accès au financement de la biodiversité (et du climat).
Les bailleurs doivent veiller à ce que leur financement de la coopération pour le développement ne nuise pas involontairement à la biodiversité en promouvant des pratiques non durables. Par exemple, pour les projets d’infrastructure, les bailleurs doivent plaider pour l’inclusion d’évaluations de la biodiversité et de stratégies d’atténuation dans la phase de conception. Ainsi, donateurs et bénéficiaires donneraient la priorité à la durabilité et à la croissance.