Blogue 15 avril 2021 Nicolas Biron
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Pandémie et sociétés durables

Nicolas Biron

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Nicolas Biron

Le Forum des jeunes du Conseil économique et social des Nations Unies (ECOSOC) 2021 s’est tenu les 7 et 8 avril 21, sur le même thème que le Forum politique de Haut Niveau, à savoir «Reprise durable et résiliente de la pandémie de COVID-19, qui promeut les dimensions économiques, sociales et environnementales du développement durable: Construire une voie inclusive et efficace pour la réalisation du Programme 2030 dans le contexte de la décennie d’action et de réalisation pour un développement durable».

L’un des objectif étant de fournir une plateforme aux jeunes, pour engager un dialogue avec les États membres et d’autres acteurs sur des actions concrètes pour «reconstruire en mieux» des société plus durables, résilientes et inclusives.

Gageons que les jeunes auront su rappeler aux dirigeants des États que «l’horloge tourne». Que nous manquons de temps. Qu’il est plus qu’urgent de passer de la parole aux actes. Un discours que tenait déjà haut et fort la société civile à l’aube du Sommet de Copenhague, en 2009, il y a plus de 10 ans. Le monde sortait alors de la crise financière et économique de 2008. Le Secrétaire exécutif de la Convention cadre des Nations Unies sur les changements climatiques affirmait alors, à l’ouverture du segment de haut niveau de la 14e CdP: «Il y a une forte pression pour que la reprise économique permette également une croissance verte et des investissements verts pour éviter une prochaine crise économique déclenchée par des investissements sales et obsolètes». Discours qui aurait très bien pu se tenir aujourd’hui.

Le thème du Forum de l’ECOSOC donne donc forcément un léger arrière-goût de déjà-vu. Un retour vers le futur. La décennie d’action pour le développement durable, 10 ans avant l’échéance de 2030, sera-t-elle à l’image de la décennie passée, où même avant la pandémie, «les progrès demeuraient inégaux et nous n’étions pas sur la bonne voie pour atteindre les objectifs d’ici à 2030», selon le plus récent rapport des Nations Unies sur les ODD?

Sommes-nous réellement au même point qu’en 2009, à s’interroger sur la façon de faire en sorte que les dépenses de relance économique soient orientées vers des infrastructures vertes et des industries à faibles émissions de carbone?

Ces questions, les membres du Conseil de la science et de la sécurité se les sont aussi posées en fixant cette année «l’horloge de la fin du monde à 100 secondes avant minuit, la plus proche qu’elle ait jamais été de l’apocalypse mettant fin à la civilisation et la même heure [qu’en] 2020. Il est profondément regrettable que la réponse mondiale à la pandémie, au cours de l’année écoulée, ait explicitement validé bon nombre des préoccupations que nous exprimons depuis des décennies» (Bulletin of the Atomic Scientists, 2021 Doomsday Clock Statement).

L’horloge tourne toujours. Tic-tac

Qu’est-ce qui est diffèrent, cette fois? Qu’est-ce qui fait que cette décennie d’action pour le développement durable sera une réussite? Qu’est-ce qui fait que cette fois-ci, un évènement mondial telle que la pandémie de COVID-19 pourrait réellement sonner l’heure du réveil?

Ce sont ces questions que tente de répondre la plus récente parution de la revue Liaison Énergie Francophonie (LEF), «La pandémie de la COVID-19, une opportunité pour développer des sociétés plus durables, justes, et résilientes». C’est également le thème du prochain Séminaire en ligne de l’IFDD, qui se tiendra mercredi le 5 mai prochain, et qui discutera de certains enjeux fondamentaux pour la reprise économique.

Premièrement, «que la crise nous rapproche du gouffre ou qu’elle nous mette sur la voie de la réalisation des ODD par la coopération, la solidarité et l’amélioration de la résilience dépend du leadership politique et des choix politiques que nous ferons au cours des 6 à 12 prochains mois» (Georges Lanmafankpotin et Chantal Line Carpentier, LEF no. 115). Dans un contexte post crise, à court terme, le réflexe des États est généralement d’assurer une stabilité, de préserver les emplois et de limiter les impacts socioéconomiques; pas de s’aventurer vers des modèles de développement inconnus.

Par exemple, quel décideur serait aujourd’hui enclin à accroître la taxe carbone, même dans un contexte de chute du prix de l’essence? Une étude récente de l’IFDD sur les « Effets de la COVID-19 sur la mise en œuvre du Programme 2030 et des ODD » démontre justement que les mécanismes facilitant l’adaptation et la résilience des populations face à la COVID-19 peuvent être regroupés en quatre thèmes: «les dispositifs de gestion (28 %), les mesures barrières (30 %), les mesures sociales (40 %) et la coopération et la recherche (2 %). […] La dimension écologique semble laissée de côté dans cette phase de la pandémie, ce qui expliquerait le fait que les gouvernements sont encore dans une phase d’intervention et de gestion des urgences» (Institut de la Francophonie pour le développement durable, 2021, Effets de la COVID-19 sur la mise en œuvre du Programme 2030 et des ODD. [Sous la direction de Lanmafankpotin, G.]. Études prospectives 7. IFDD, Québec, Canada, 108 p.)

La crise financière de 2008 avait justement relégué au second plan la lutte aux changements climatiques, entraînant l’échec de la conférence de Copenhague, et faisant perdre de 7 à 10 ans de progrès.

Aura-t-on aujourd’hui le leadership politique nécessaire? Sommes-nous collectivement et socialement prêts à accepter certaines politiques publiques ambitieuses, transformatrices, ou nous réfugierions-nous dans le statut quo, le retour à la normale, voire dans des mesures d’austérité?

Deuxièmement, le mouvement vers la décarbonisation est très puissant; la restructuration du monde était en cours avant la pandémie, y compris dans les pays producteurs de pétrole. «Les engagements des entreprises et des États pour développer une économie circulaire se multiplient. Loin encore d’être un modèle prédominant, la pandémie a permis de reconnaître l’urgence d’accélérer la mise en route de ce grand chantier. Le bouleversement extrême qui afflige actuellement nos sociétés a fait apparaître les faiblesses et les limites du système économique linéaire actuel» (Lorraine Simard, LEF no. 115). La crise permettra-telle d’accélérer, ou au contraire freinera-t-elle la transition économique en cour?

Troisièmement, le changement de paradigme vers une économie circulaire est particulièrement important pour les pays Africains: «avec une population africaine estimée à 2,8 milliards d’habitants en 2060, l’adoption de pratiques de consommation et de production viables à long terme est impérative» (AMCEN, 2019). Pour les entreprises africaines, c’est aussi une question d’accroître la compétitivité et de moderniser l’industrie. Les pays francophones en développement n’ont pas le luxe d’être mis à l’écart de la nouvelle économie. En effet, «l’Afrique post-COVID-19 devra être plus durable et s’appuyer sur une gouvernance et un cadre législatif et institutionnel propice au développement de projets durables et en faveur de la lutte contre le réchauffement climatique» (Michelle Mongo, LEF no. 115). Quels sont les changements à appliquer aux modèles de gouvernance?

Avec maintenant près de 3 millions de morts dans le monde, la pandémie doit être un pivot, un vecteur de transformation. Mais ce n’est pas la pandémie en elle-même qui apportera les changements nécessaires; ce sont les humains, les décideurs, les chercheurs, les investisseurs, les chefs d’entreprises, la société civile, des femmes et des hommes, des jeunes et moins jeunes.  L’horloge tourne. Le temps file. À 10 ans de l’échéance des ODD.

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