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érosion éolienne des sols


L’action du vent sur les surfaces sèches nues ou peu végéta -
lisées, telles que celles des zones arides et semi-arides,
entraine la mise en mouvement, horizontal et vertical,
d’une fraction du sol : c’est ce qu’on appelle l’érosion éolienne.
Le mouvement horizontal de ces sédiments conduit à une
redistribution à l’échelle du champ, de la parcelle, du
terroir ou du paysage, avec des zones de pertes et des zones
d’accumulation. Ces accumulations génèrent le plus sou -
vent des problèmes d’ensablement de champs, de routes
ou de villages, vécus comme de véritables nuisances. Les
pertes, notamment sur les surfaces cultivées, peuvent avoir
des conséquences néfastes sur la qualité du sol et conduisent Crédit photo : C. Bouet, IRD
à l’abaissement de son niveau, illustré par des problèmes
de déchaussement d’arbustes ou d’arbres (cf. figure 1). Le
flux vertical de matière émis par érosion éolienne est com -
posé de particules microniques, ou poussières désertiques Figure 1 : Vue d’une oliveraie présentant des problèmes
(§II), susceptibles d’être transportées à grandes distances. d’ensablement (en haut) et d’un olivier déchaussé dans
la région de Médénine (Tunisie)
Cette perte de la fraction la plus fine et la plus fertile des
sols participe à leur dégradation.
sources les plus importantes via le processus d’érosion
Cette mise en mouvement est un processus à seuil, qui éolienne. Au Sahel, les concentrations en poussières
nécessite d’attendre une vitesse de vent minimale (~ 6 m/s désertiques présentent un cycle saisonnier très marqué
à 10 m, soit plus de 20 km/h) qui dépend de l’état de la ( Marticorena et al., 2010), la saison des poussières se dérou -
surface : une surface rugueuse ou très végétalisée aura un lant de janvier à juin. De janvier à mars (JFM), en plein
seuil d’érosion plus élevé qu’une surface nue et sera mieux cœur de la saison sèche, le régime d’Harmattan est installé
protégée de l’érosion éolienne. De la même façon, l’humi - et est à son apogée : les alizés continentaux, de direction
dité du sol peut augmenter le seuil d’érosion sous réserve nord/nord-est, gagnent en vitesse dans les basses couches
qu’elle se maintienne suffisamment longtemps (plus de atmosphériques et apportent avec eux des quantités impor -
12h au Sahel) dans la couche superficielle du sol. Une fois tantes de poussières désertiques émises dans le Sahara, la
le seuil d’érosion dépassé, la quantité de sédiments mis en source la plus active étant la dépression de Bodélé au
mouvement est proportionnelle à la vitesse du vent à la Tchad, jusqu’au Sahel. L’humidité relative est alors au plus
puissance trois. C’est donc le vent qui module en grande bas (20 %) et les températures, bien qu’élevées sont plus
partie les flux déplacés. Dans les zones semi-arides, l’uti- fraîches que lors du reste de l’année (30 °C). D’avril à juin
lisation des sols (pâturage ou culture) conduit à une (AMJ), le vent change de direction au Sahel, avec une
diminution du couvert végétal, ce qui favorise l’érosion dominance sud/sud-ouest marquant l’entrée de la mous-
éolienne. En particulier, les surfaces cultivées sont géné- son, une masse d’air maritime chaude et humide sur le
ralement mises à nu avant le semis, ce qui les rend parti- continent africain. En AMJ, les concentrations moyennes
culièrement vulnérables à l’action érosive du vent. Au des poussières en surface diminuent comparativement à JFM
Sahel par exemple, cette mise à nu se fait avant la saison (les aérosols étant répartis sur la colonne atmosphérique).
des pluies, alors que c’est au début de la saison des pluies Cependant, lors du passage de lignes de grain annon-
que surviennent les vents les plus forts. La présence de ciatrices d’événements pluvieux, les concentrations des
résidus de végétation est un moyen efficace de limiter ce poussières en surface peuvent être largement supérieures
processus d’érosion. Il est ainsi possible d’agir sur l’état de à celles rencontrées en JFM.
la surface pour limiter la contribution de l’érosion éolienne
à la dégradation des terres. Ainsi, au Sahel, JFM est la période des poussières se dépla -
çant dans les basses couches atmosphériques, dégradant
Poussières désertiques ainsi la qualité de l’air en surface, et exposant les popula -
tions à des risques sanitaires importants tels que l’asthme,
Les poussières désertiques représentent environ 40 % des les maladies cardio-vasculaires, les infections respiratoires
émissions globales naturelles des aérosols (Ramanathan aigües, ou les grandes épidémies de méningites bacté-
et al., 2001), les zones du Sahara et du Sahel en étant les riennes. En AMJ, le régime de mousson se met en place,
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