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et les poussières, bien que toujours présentes au Sahel, le dynamique spatio-temporelle des méningites bactériennes
sont beaucoup moins fréquemment en surface, réduisant dans cette région est très particulière avec des incidences
les risques sanitaires liées à leur présence. bien plus élevées que partout ailleurs dans le monde, et
une saisonnalité très marquée. En effet, les épidémies ont
Quel est le lien avec la santé ? lieu pendant la saison sèche et se terminent à l’approche
de la saison des pluies, avec l’augmentation de l’humidité
La saisonnalité parfois marquée de certaines maladies chez atmosphérique (Martiny & Chiapello, 2013). Les détermi -
l’homme fait naturellement penser au lien avec le climat, nants du déclenchement et de la propagation de la maladie
comme la grippe en hiver dans les pays du Nord ou le sont encore insuffisamment connus bien que largement
paludisme pendant la saison des pluies dans certaines étudiés (Agier et al., 2016). Plusieurs variants génétiques
régions du sud (Ndiaye et al., 2001). Après plusieurs des bactéries responsables sont impliqués dans les épidé-
décennies de recherches multidisciplinaires entre épidé- mies, indiquant un rôle de l’immunité des populations qui
miologistes et climatologues, différentes maladies sont diminue avec le temps, permettant aux différents variants
aujourd’hui bien connues comme étant climato dépen- de se propager successivement. Les méningites font partie
dantes. Parmi elles, les méningites bactériennes en Afrique des maladies contagieuses qui se transmettent par l’air,
représentent l’un des exemples les plus illustratifs et clai- mettant ainsi en évidence le rôle des comportements qui
rement démontrés scientifiquement. favorisent les contacts inter-humains comme les marchés,
Les méningites bactériennes sont des infections des les cérémonies… Enfin, la méningite bactérienne, suspec -
méninges liées à 3 bactéries majeures : Haemophilus influenza tée d’être dépendante de conditions climatiques parti-
(Hib), globalement sous contrôle au niveau mondial grâce culières depuis les années 60 (Lapeyssonnie, 1963) est
à la vaccination de routine, streptococcus pneumoniae, sp désormais reconnue comme l’une des maladies les plus
(méningite à pneumocoque) et Nesseiria meningitidis, Nm climato-sensibles d’Afrique. En effet, les conditions de
(méningite à méningocoque). Les méningites se retrouvent sécheresse combinées à des quantités importantes de pous -
partout dans le monde, mais l’Afrique regroupe plus de sières désertiques dans les basses couches atmosphériques
80 % des cas mondiaux. En particulier, la « ceinture de la persistant pendant de nombreuses semaines semblent
méningite », la zone sub-saharienne qui s’étend du Sénégal contribuer à une fragilisation des voies respiratoires supé -
à l’ouest jusqu’à l’Ethiopie à l’est et qui regroupe une rieures, facilitant le passage de la bactérie dans le sang
population à risque de plus de 400 millions d’habitants, (Mueller & Gessner, 2010). Des études spécifiques sur le
est la région la plus touchée (Lapeyssonnie, 1963). De lien entre poussières désertiques et méningite ont permis
larges vagues épidémiques touchent l’ensemble de la cein - de mettre à jour un décalage temporel moyen de 1 à
ture tous les 8 à 12 ans (Broutin et al., 2007). De plus, la 2 semaines entre l’occurrence d’un événement de pous-
sières et l’augmentation de l’incidence de méningite à
Désertification et système terre, de la (re)connaissance à l’action 81
sont beaucoup moins fréquemment en surface, réduisant dans cette région est très particulière avec des incidences
les risques sanitaires liées à leur présence. bien plus élevées que partout ailleurs dans le monde, et
une saisonnalité très marquée. En effet, les épidémies ont
Quel est le lien avec la santé ? lieu pendant la saison sèche et se terminent à l’approche
de la saison des pluies, avec l’augmentation de l’humidité
La saisonnalité parfois marquée de certaines maladies chez atmosphérique (Martiny & Chiapello, 2013). Les détermi -
l’homme fait naturellement penser au lien avec le climat, nants du déclenchement et de la propagation de la maladie
comme la grippe en hiver dans les pays du Nord ou le sont encore insuffisamment connus bien que largement
paludisme pendant la saison des pluies dans certaines étudiés (Agier et al., 2016). Plusieurs variants génétiques
régions du sud (Ndiaye et al., 2001). Après plusieurs des bactéries responsables sont impliqués dans les épidé-
décennies de recherches multidisciplinaires entre épidé- mies, indiquant un rôle de l’immunité des populations qui
miologistes et climatologues, différentes maladies sont diminue avec le temps, permettant aux différents variants
aujourd’hui bien connues comme étant climato dépen- de se propager successivement. Les méningites font partie
dantes. Parmi elles, les méningites bactériennes en Afrique des maladies contagieuses qui se transmettent par l’air,
représentent l’un des exemples les plus illustratifs et clai- mettant ainsi en évidence le rôle des comportements qui
rement démontrés scientifiquement. favorisent les contacts inter-humains comme les marchés,
Les méningites bactériennes sont des infections des les cérémonies… Enfin, la méningite bactérienne, suspec -
méninges liées à 3 bactéries majeures : Haemophilus influenza tée d’être dépendante de conditions climatiques parti-
(Hib), globalement sous contrôle au niveau mondial grâce culières depuis les années 60 (Lapeyssonnie, 1963) est
à la vaccination de routine, streptococcus pneumoniae, sp désormais reconnue comme l’une des maladies les plus
(méningite à pneumocoque) et Nesseiria meningitidis, Nm climato-sensibles d’Afrique. En effet, les conditions de
(méningite à méningocoque). Les méningites se retrouvent sécheresse combinées à des quantités importantes de pous -
partout dans le monde, mais l’Afrique regroupe plus de sières désertiques dans les basses couches atmosphériques
80 % des cas mondiaux. En particulier, la « ceinture de la persistant pendant de nombreuses semaines semblent
méningite », la zone sub-saharienne qui s’étend du Sénégal contribuer à une fragilisation des voies respiratoires supé -
à l’ouest jusqu’à l’Ethiopie à l’est et qui regroupe une rieures, facilitant le passage de la bactérie dans le sang
population à risque de plus de 400 millions d’habitants, (Mueller & Gessner, 2010). Des études spécifiques sur le
est la région la plus touchée (Lapeyssonnie, 1963). De lien entre poussières désertiques et méningite ont permis
larges vagues épidémiques touchent l’ensemble de la cein - de mettre à jour un décalage temporel moyen de 1 à
ture tous les 8 à 12 ans (Broutin et al., 2007). De plus, la 2 semaines entre l’occurrence d’un événement de pous-
sières et l’augmentation de l’incidence de méningite à
Désertification et système terre, de la (re)connaissance à l’action 81

