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Agriculture durable et sécurité alimentaire : défis du 21ème siècle

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Alors que les ressources productives se raréfient, l’agriculture est de plus en plus interpellée pour minimiser sa pression sur ces dernières tout en assurant la sécurité alimentaire au niveau mondial. Au-delà du constat alarmiste, le présent article insiste sur la nécessité d’amplifier les innovations existantes porteuses d’un développement agricole et alimentaire plus durable. Ces innovations sociales, technologiques, économiques et environnementales sont nécessaires, et elles doivent être accompagnées de politiques publiques adéquates.
Nourrir le monde ?
Les projections faites sur la croissance démographique mondiale au cours du XXIème siècle amènent bien souvent à interroger la capacité de nos systèmes de production agricole à « nourrir le monde ». Si le processus de sécurisation alimentaire passe par le développement d’une offre alimentaire « suffisante, sûre et nutritive », et assez diversifiée pour être compatible avec les préférences alimentaires des populations concernées, les définitions les plus récentes de la sécurité alimentaire soulignent également la nécessité de garantir un accès des populations à cette offre alimentaire et plus généralement de faire reposer cette offre sur des modes de production et de distribution durables, permettant le renouvellement des ressources et la rémunération des producteurs agricoles (qui restent fortement menacés par l’insécurité alimentaire). Le processus de sécurisation alimentaire est alors complexe, il ne peut être appréhendé sur la seule base des quantités produites, et il faut bien saisir la complexité de la structuration des systèmes alimentaires pour l’analyser.
L’agro-industrialisation
La compréhension de la situation actuelle, à l’échelle mondiale, du système alimentaire, i.e. de la « façon dont les hommes s’organisent dans l’espace et dans le temps pour obtenir et pour consommer leur nourriture », demande une mise en perspective historique.A partir de la révolution industrielle, alors que d’importantes évolutions surviennent – accroissement sans précédent sur le plan démographique3, et sur celui des richesses produites-, se met en place un modèle de système alimentaire « agro-industriel ». La très forte progression de la demande permet à des entreprises agroalimentaires de se créer et d’adopter des stratégies de maximisation de leur profit en recherchant des économies d’échelle. Cela passe, progressivement au cours des XIXème et XXème siècles, par la mondialisation de leur approvisionnement et de leurs marchés, rendue possible par une succession d’innovations techniques (de la machine à vapeur à l’invention de la conserve -au début du XIXème siècle-, en passant par l’amélioration de la chimie alimentaire et des procédés frigorifiques).
Un dispositif politico-institutionnel se met en place parallèlement afin de permettre l’intensification du commerce mondial, comprenant notamment le GATT, puis l’OMC – visant à un abaissement général des droits de douane-, et le Codex Alimentarius – qui définit des standards internationaux et permet d’assurer la sécurité sanitaire des produits alimentaires importés ou exportés.
Plantation de cacaoyers sous des arbres fruitiers dans les vergers écologiques de Tayap (Cameroun)
L’ensemble des filières évolue peu à peu, avec notamment le développement de supermarchés qui viennent, progressivement au cours de la seconde moitié du 20ème siècle, prendre le pas sur les petits détaillants. Des processus de concentration ont lieu. Une intégration verticale des filières se produit, l’aval – i.e. les entreprises de transformation et de distribution agroalimentaires – parvenant à entrer dans des relations de plus en plus directes avec les producteurs agricoles, en assurant les fonctions jouées jusqu’alors par des réseaux de collecteurs et grossistes. S’ensuit une concentration horizontale du secteur parfois très forte, de nombreuses filières agroalimentaires étant actuellement « tenues » par des oligopsones / oligopoles.
Le développement du modèle agro-industriel est également passé par une intense technicisation. Aux efforts de recherche-développement menés par les entreprises agro-alimentaires elles-mêmes, sont venus s’ajouter ceux de la recherche scientifique et des organisations internationales au cours de la « révolution verte », à partir de la décennie 1960.
On assiste donc à partir du XIXème siècle, avec une accélération du processus durant la seconde moitié du XXème siècle, à l’affirmation d’un modèle de production et d’échange agro-industrialisé caractérisé par une production de masse, des bassins de production agricole spécialisés et utilisant de plus en plus d’intrants chimiques afin d’optimiser les rendements, et un réseau mondialisé de transformation et distribution des produits alimentaires.
Ce modèle a été développé en vue de répondre à des besoins alimentaires en augmentation et, de fait, il parvient à produire et gérer des flux de produits alimentaires en progression constante, tout en réduisant leurs prix réels et garantissant leur sécurité sanitaire. Cependant, la durabilité de sa généralisation à l’échelle mondiale est remise en question par de nombreux facteurs :
  • Une répartition très inégale de la valeur ajoutée créée au sein des filières, du fait du poids de l’aval (la concentration de la grande distribution créant des conditions de marché de plus en plus oligopsonistiques) dans les pays du Nord comme dans les pays du Sud
  • Une paupérisation des petits agriculteurs des pays du Sud, qui n’ont pour la plupart pas été intégrés dans ce modèle agro-industriel et dont les revenus ont diminué du fait de la baisse des prix des produits agricoles ;
  • Une technicisation qui, si elle a globalement permis d’augmenter les rendements agricoles et la production, a des effets ambigus, car le progrès technique n’est pas mondialement partagé (ce qui rend les productions agricoles des pays du Sud souvent de moins en moins compétitives, cette situation étant renforcée par les subventions dont bénéficient les productions des pays du Nord). De plus, les impacts environnementaux de l’agriculture intensive nécessaire au développement du modèle agro-industriel menacent la durabilité du système et représentent des coûts indirects importants
  • Enfin, la transition nutritionnelle à laquelle nous assistons actuellement (évolution des régimes alimentaires vers des régimes plus gras, plus sucrés, plus carnés) est attribuable en partie à l’urbanisation, mais également à la pression des messages publicitaires des firmes agroalimentaires. Elle suscite une augmentation croissante des maladies d’origine alimentaire (obésité, diabète…), au Nord comme au Sud, et de nouveaux coûts indirects.

De fait, s’il est en forte progression à l’échelle planétaire, ce modèle n’a jusqu’à présent pas réussi à s’imposer comme modèle unique. L’agriculture familiale s’est dans de nombreux contextes révélée plus résiliente, de par sa capacité à mettre en valeur des milieux agricoles diversifiés, et reste largement dominante. Elle est cependant en régression face à une agriculture de firme de plus en plus performante, et de surcroit menacée par des opérations d’accaparement des terres menées à grande échelle.

Des circuits de commercialisation alternatifs à la grande distribution se maintiennent également, fonctionnant sur la base de relations de proximité, et/ou valorisant différentes dimensions de la qualité des produits (patrimoniale, éthique, naturaliste…). Mais de même, ces circuits de commercialisation sont de plus en plus concurrencés par la grande distribution et la compétitivité de ses prix de vente.

Le système alimentaire mondial se caractérise donc par la coexistence de différents modèles de production et d’échange ; l’un de ces modèles, agro-industriel, étant susceptible de s’imposer, malgré sa faible durabilité.

Les défis majeurs de l’agriculture.

Les facteurs d’insécurité alimentaire ont ainsi largement évolué avec la montée en puissance de ce modèle agro-industriel. Augmenter la productivité de l’agriculture là où cela est nécessaire, optimiser l’utilisation des ressources et redynamiser l’agriculture pour qu’elle soit source d’emplois et freiner l’exode rural restent des priorités dans les pays du Sud comme dans ceux du Nord ; mais une hausse de la production agricole ne peut plus être vue comme une condition nécessaire et suffisante pour améliorer la sécurité alimentaire à l’échelle mondiale.

Les plus grands enjeux se situent autour des questions d’accès des populations à une alimentation globalement produite en quantité suffisante. Cela passe par une complexe articulation des politiques agricoles aux politiques sociales, économiques, urbaines… mais également par l’instauration de plus d’équité dans les filières. En effet, les producteurs agricoles ne parviennent bien souvent plus à vivre de leur production. La lutte contre le gaspillage doit également permettre d’améliorer les disponibilités6.Les politiques de sécurité alimentaire « classiques », visant à augmenter les disponibilités, à améliorer la sécurité sanitaire et à assurer une veille sur l’état nutritionnel des populations à risque, ne suffisent ainsi plus. En sus des questions d’accès, ces politiques doivent viser à restaurer des régimes alimentaires plus sains, à « rééduquer le consommateur », dans un contexte de progression alarmante du surpoids et de l’obésité, provoquant maladies cardio-vasculaires, diabète et cancers.Il s’avère également primordial de limiter les impacts environnementaux de l’agriculture. Celle-ci est notamment responsable de 10 à 12 % des émissions de gaz à effet de serre. Enfin, il est également opportun de favoriser le développement des biocarburants de deuxième et troisième génération dans la transition énergétique qui permettront de donner une meilleure plus-value aux produits et sous-produits agricoles (déchets ou résidus végétaux et micro-organismes) tout en favorisant l’émergence d’infrastructures énergétiques utiles au développement agricole.Quelles solutions envisageables ? La réponse à ces nombreux défis demande des actions sur différents plans : politique, technologique et socio-économique.

Des politiques publiques favorables

Avec la globalisation sans cesse renforcée des systèmes alimentaires, des efforts doivent être poursuivis pour rendre le système mondial de commerce plus juste en assurant une répartition équitable de la valeur ajoutée le long des chaines alimentaires. Il s’agit dès lors de changer les mesures et règles commerciales qui menacent la sécurité et la souveraineté alimentaire par une concurrence déloyale des exportations hautement subventionnées et exemptes de toutes taxes douanières face aux productions locales (« dumping » agricole). Les États, individuellement ou à une échelle régionale, doivent également retrouver la capacité de constituer des stocks alimentaires minimums. L’encadrement des spéculations sur les marchés agricoles doit permettre de réduire la volatilité des prix des denrées alimentaires de base, même si ces spéculations ne peuvent être considérées comme les seuls responsables.

Pour assurer une transition vers des systèmes alimentaires plus durables, il reste nécessaire de renforcer les investissements dans le secteur agricole et la recherche agronomique. Ceci est d’autant plus important dans beaucoup de pays à faible revenu, où l’État s’est fortement désengagé du développement agricole depuis les années 1980 avec un déficit d’investissement estimé par la FAO9 à 83 milliards de dollars par an. Une orientation vers les formes les plus familiales d’agriculture, avec une attention particulière aux jeunes et aux femmes, de ces flux financiers pourrait permettre d’améliorer l’accès aux intrants, aux services agricoles et financiers, aux infrastructures et aux marchés, et avoir un réel impact sur le développement rural et la sécurité alimentaire. On estime que le nombre de personnes souffrant de la faim pourrait être réduit de 100 à 150 millions si les femmes disposaient du même accès aux ressources productives que les hommes. Au cœur de ce problème, on retrouve la question de l’accès à la terre et des droits fonciers. Face au phénomène grandissant de l’accaparement des terres, les investissements et marchés fonciers11 doivent être mieux encadrés par une réforme agraire qui reconnait et protège les droits fonciers, y compris les droits coutumiers.

Les politiques nationales doivent être le ciment d’un développement agricole inclusif et durable en favorisant la re-territorialisation des systèmes alimentaires, face à la montée en puissance d’un modèle agro-industriel globalisé. Le renforcement et la diversification des marchés locaux et des circuits courts d’approvisionnement peuvent faciliter la commercialisation et l’accès des produits agricoles. La résilience des villes peut être stimulée par l’agriculture urbaine et périurbaine ; des politiques plus favorables au développement de cette agriculture pourraient donc être instaurées. Vu l’instabilité du contexte actuel, des réflexions sont à mener sur la couverture des risques, aussi bien au niveau des producteurs (assurance indicielle, warrantage…) que de celui des consommateurs (stocks de sécurité alimentaire, mais aussi sécurité sociale minimale).

Vers des modes de production plus durables

Les progrès agricoles du XXe siècle se sont concentrés sur l’amélioration variétale, l’utilisation d’intrants, la mécanisation et l’irrigation. Si ce paquet technologique de la révolution dite « verte », basé sur le modèle des processus industriels a fortement permis d’augmenter les rendements agricoles, on constate aujourd’hui que cette approche a atteint ses limites dans certaines régions : les rendements se stabilisent et l’impact sur les écosystèmes devient alarmant. La recherche s’oriente maintenant vers le développement de variétés plus productives, plus nutritives, mais aussi plus résilientes face au changement climatique. Il devient alors intéressant de revaloriser des variétés locales particulièrement résistantes. Pour compléter la sélection conventionnelle, certaines formes d’ingénierie génétique, mais également les réseaux de production de semences paysannes, pourraient jouer un rôle clé pour assurer une sécurité et souveraineté alimentaires, à condition de renforcer l’accès des producteurs au plus grand nombre de variétés possibles et donc de rééquilibrer les rapports de force et de réguler la brevetabilité du vivant.

La raréfaction des ressources et l’impact négatif de l’agriculture intensive sur les écosystèmes contraignent à soutenir des modèles agricoles plus résilients, tels que l’intensification holistique des systèmes agro-écologiques, qui permettent de fixer plus de carbone dans le sol. Par des techniques adaptées aux conditions locales et bâties à partir des expériences des agriculteurs, ainsi que par des pratiques qui imitent la nature plutôt que l’industrie, l’agroécologie crée des interactions et des synergies biologiques bénéfiques entre les composantes de l’agroécosystème et permet d’obtenir les conditions favorables à la croissance des végétaux. Les principes de l’agroécologie sont : « le recyclage des éléments nutritifs et de l’énergie sur place plutôt que l’introduction d’intrants extérieurs; l’intégration des cultures et du bétail; la diversification des espèces et des ressources génétiques des agroécosystèmes dans l’espace et le temps; et l’accent mis sur les interactions et la productivité à l’échelle de l’ensemble du système agricole plutôt que sur des variétés individuelles ». Plusieurs techniques agro-écologiques telles que l’agroforesterie, l’agriculture de conservation et le semis direct sous couvert végétal, l’agriculture biologique, l’agriculture intelligente face au climat et la lutte intégrée contre les parasites ont montré qu’on pouvait produire mieux tout en produisant plus.

Circuit court de distribution aux Matelles (Hérault) (France),
Photo : Patricia Fournier
L’agroforesterie intègre des arbres multifonctionnels aux systèmes agricoles. Ces arbres font remonter des nutriments des couches plus profondes du sol, ou, dans le cas des arbres légumineux, fixent l’azote atmosphérique. Ces nutriments sont ensuite relâchés dans la couche supérieure du sol quand les feuillages et les branchages se décomposent, une fois intégrés au sol. Le rendement du maïs cultivé sans engrais à proximité des arbres tels que le Faidherbia albida fixateur d’azote est par exemple passé de 1,3 à 4,1 t/ha13 en Afrique subsaharienne (Zambie). L’augmentation de rendement peut être plus élevée si l’on combine l’agroforesterie avec des techniques de précision pour la rétention d’eau et le microdosage d’engrais organique. En outre, les arbres créent un microclimat favorable en retenant l’humidité et offrant de l’ombre. Des arbres plantés en haies autour des parcelles cultivées retiennent le sol et réduisent l’érosion de la matière fertile par le vent et la pluie. Enfin, les arbres peuvent fournir des produits forestiers non ligneux comme des fruits ou des écorces permettant de générer un revenu supplémentaire pour l’agriculteur et de diversifier la production alimentaire.
Les technologies d’accompagnement
Il est également nécessaire de développer et diffuser des technologies d’appoint en amont et en aval de la production. Les technologies de l’information et de la communication telles que la téléphonie mobile en Afrique sont particulièrement essentielles dans les milieux ruraux isolés, où elles rendent possible la diffusion de connaissances agronomiques, via des dispositifs de conseil et des échanges entre les agriculteurs. Elles permettent en outre d’améliorer la planification et la gestion des cultures en fournissant des informations météorologiques précises, ainsi que des informations fiables sur les besoins et prix des marchés agricoles, participant ainsi à un renforcement de l’équité dans les filières.
Il est également important d’améliorer les techniques de conservation et de transformation des aliments pour la sécurité alimentaire dans les pays où les pertes post-récoltes sont encore de l’ordre de 10 à 20 %. De plus, le développement de la transformation agro-alimentaire a des retombées économiques positives importantes en milieu rural.
Des filières agricoles plus durables
L’histoire de l’agro-industrialisation présentée précédemment aide à comprendre le cercle vicieux que ce modèle instaure et ses conséquences sur la durabilité des systèmes alimentaires. L’aval des filières, en position de force, exerce une pression sur les prix face à laquelle les producteurs n’ont d’autre choix qu’une intensification non sans conséquence sur la préservation des ressources et le maintien de la biodiversité. Cette pression est parfois également de nature à mettre les producteurs en situation de forte précarité.
Face à cette situation, de nombreux modèles alternatifs se sont développés ou redéveloppés : circuits courts, standards durables (commerce équitable, agriculture biologique…), indications géographiques… Ces initiatives sont souvent peu considérées du fait de leur incapacité à « nourrir le monde ». Mais le modèle agro-industriel seul n’a pas, lui non plus, cette capacité, et ces modèles alternatifs, en offrant des solutions pour la valorisation des productions agricoles de petits exploitants ou issues de zones où l’agriculture intensive ne peut être développée (régions isolées, montagneuses…), se révèlent être complémentaires.
Ces modèles alternatifs ont le grand avantage de « reconnecter » les consommateurs et les producteurs. L’information qui accompagne la vente des produits (sur les conditions de production et/ou de rémunération, la région de production…) augmente le consentement à payer de consommateurs responsables et la meilleure rémunération des producteurs, permettant par là le maintien de pratiques plus durables.
Notons également le rôle de ces modèles alternatifs au niveau nutritionnel, dans le sens où ils induisent bien souvent des régimes alimentaires plus sains et moins consommateurs de viande, et leur participation à la lutte contre le gaspillage, car ces filières courtes ou de qualité spécifique sont à même de réduire les écarts de tri ou les quantités d’aliments jetés au niveau des foyers.
Au-delà de la révolution verte
Plus que par le passé, les systèmes agricoles et alimentaires font face à des défis majeurs et de plus en plus complexes. On estime qu’environ 805 millions de personnes étaient en situation de sous-alimentation chronique sur la période 2012-2014, soit une personne sur neuf souffrant toujours de la faim. D’ici 2050, la terre comptera deux milliards d’êtres humains supplémentaires et le régime alimentaire moyen sera plus riche et pourrait avoir une part encore plus importante de protéines animales. Durant les prochaines décennies, une production agricole plus durable sera alors nécessaire pour améliorer la résilience des systèmes de production face aux changements climatiques et nourrir l’humanité de façon efficiente. Les modes de consommation devront également évoluer pour renforcer la durabilité globale des systèmes alimentaires. Ces nouvelles contraintes sont un atout extraordinaire pour repenser la gouvernance des systèmes alimentaires et faire germer des innovations sociales éprouvées. Les solutions prônées lors de la révolution verte ne sont plus suffisantes.
Le rôle crucial de l’agriculture familiale dans la production alimentaire mondiale et le développement rural étant avéré, cette forme d’agriculture doit bénéficier également de tout le soutien politique et économique qu’elle mérite en stimulant un cadre international plus équitable.
Il faut également reconsidérer toutes les solutions alternatives, au niveau technique, mais aussi organisationnel. Des réponses variées et diversifiées existent à tous les niveaux de la chaîne de production, et il est crucial de conserver cette diversité de modèle de production et d’échange au sein des systèmes alimentaires. Une solution unique ne peut suffire à pérenniser tous les systèmes alimentaires. Les rapports de force sont cependant très inégaux, et la progression au niveau mondial du modèle agro-industriel semble de nature à faire disparaître certaines alternatives. Il importe donc d’aller au-delà de la simple reconnaissance de l’intérêt de cette co-existence ; les pouvoirs politiques ont un rôle à jouer pour protéger et promouvoir les systèmes alternatifs. De fait, les États sont de plus en plus actifs à ce niveau, jouant un rôle croissant dans la garantie ou la promotion des labels, ou intervenant plus directement en appui à certaines filières alternatives. Le maintien des systèmes alternatifs demande cependant probablement un changement plus profond des règles du jeu.
Du producteur au consommateur : les circuits courts de la Ruche qui dit Oui (France),
Photo : Thomas Louapre

Références

  1. Près de 75 % des 1,4 milliard de personnes vivant dans l’extrême pauvreté sont dans les zones rurales des pays en développement, où 925 millions d’entre eux sont sous-alimentés (Rapport sur la pauvreté rurale du FIDA, 2011).
  2. Malassis L., 1979. Économie agroalimentaire. T1 : Économie de la consommation et de la production agro-alimentaire. Paris, Cujas.
  3. Trois siècles ont été nécessaires pour que la population mondiale passe de 500 millions à un milliard d’habitants, puis elle a de nouveau doublé (passant de 1 à 2 milliards d’habitants) entre 1830 et 1930, et entre 1930 et 1975, où elle atteint 4 milliard d’habitants. agriculture durable et sécurité alimentaire : défis du 21ème siècle
  4. Les premières expéditions de viande congelée (d’Australie et de Nouvelle-Zélande vers le Royaume-Uni) se font à la fin du XIXème siècle.
  5. Le nombre de ces petits exploitants (définis comme ceux ayant des surfaces exploitées inférieures à 2 ha) est estimé à 500 millions dans les pays en développement (HLPE, 2013. Investing in Smallholder Agriculture for Food Security)
  6. On estime qu’un tiers de la nourriture destinée à la consommation humaine est jetée, ce qui représente environ 1,3 milliard de tonnes par an (Gustavsson et al. 2011. Global Food Losses and Food Waste : Extent, Causes and Prevention. FAO, Rome)
  7. Intergovernmental Panel on Climate Change (IPCC), 2007
  8. Exemple : les poulets congelés européens sur le marché camerounais. Voir : https://www.sosfaim.org/be/campagne-poulets-congeles
  9. FAO. Accessible en ligne : http://www.fao.org/investment-in-agriculture/en Consulté le 20 avril 2015
  10. Organisation des Nations Unies. 2012. Rio+20. L’avenir que nous voulons. L’alimentation
  11. Adoption récente des “Directives volontaires pour une Gouvernance responsable des régimes fonciers applicables aux terres, aux pêches et aux forêts dans le contexte de la sécurité alimentaire nationale” par le Comité pour la sécurité alimentaire mondiale.
  12. De Schutter, O. 2010. L’agroécologie et le droit à l’alimentation. A/HRC/16/49
  13. De Schutter, O. 2010. L’agroécologie et le droit à l’alimentation. A/HRC/16/49.
  14. FAO, FIDA et PAM. 2014. L’état de l’insécurité alimentaire dans le monde 2014. Créer un environnement plus propice à la sécurité alimentaire et à la nutrition. FAO, Rome.

Cet article publié dans la  »Revue Liaison Énergie-Francophonie numéro 100 – 2ème trimestre 2015: Catastrophes naturelles : résilience à l’ère des changements climatiques » a été rédigé par Lionelle Ngo Samnick et Stéphane Fournier