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Ensoleiller la ville : une approche décentralisée de l’énergie solaire

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*Texte rédigé par Nicholas Drouin-Toufic, étudiant en Études internationales, Université de Montréal, stagiaire à l’IFDD été 2021

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Fin juin 2021, la Commission économique pour l’Afrique (CEA) dévoilait les conclusions d’une étude intitulée «Prix de l’énergie en Afrique : Transition vers une énergie propre pour l’industrialisation de l’Afrique». On y apprenait en outre qu’au rythme actuel, l’Afrique n’atteindra pas les cibles de l’Objectif de développement durable (ODD) 7 en raison d’un approvisionnement et d’un accès limité à l’électricité.

Le plus récent rapport des Nations Unies sur la mise en œuvre des ODD précise entre autres que «des millions de personnes sont encore privées d’électricité et un tiers de la population mondiale manque de technologies et combustibles non polluants pour cuisiner. Les progrès en matière d’accès à l’énergie ont été inégaux d’une région à l’autre, laissant les plus vulnérables de côté.
La pandémie fait reculer les progrès et prive des millions de personnes d’accès à l’électricité».

Le cas du Burkina Faso en est un exemple. Le taux d’électrification national est de l’ordre de 20% (SIE UEMOA), avec de grandes disparités entre les zones urbaines et rurales – 65% vs moins de 5% (Banque Mondiale). Ce taux national monte à environ 45% si l’on prend en compte l’électrification des ménages par le solaire photovoltaïque. De plus, 60% de l’énergie électrique consommée au pays est importée du Ghana et de la Côte d’Ivoire.

Début 2021, l’autorité de régulation du secteur de l’énergie du Burkina Faso expliquait la situation notamment par «une insuffisance des investissements, une absence de réserve de production, une forte dépendance à l’égard des énergies fossiles importées, un coût élevé du kWh d’origine thermique et une faible valorisation des ressources énergétiques endogènes». Autant de facteurs plaidant pour l’accroissement des investissements vers des énergies renouvelables et notamment l’énergie solaire.

Paradoxalement, le Burkina Faso se trouve dans la ceinture solaire, ce qui en fait l’énergie la plus disponible au pays. En effet, l’irradiation solaire quotidienne moyenne est de 5,5kWh/ m2 pendant 3000 à 3500 heures par an et ce potentiel énergétique est encore plus fort au nord du pays, où l’irradiation solaire dépasse 5,75 kWh/ m2.

L’inauguration de la centrale solaire de Zagtouli en 2017 (33,7 MWc) fut une étape importante de la transition énergétique au Burkina Faso. Plus grande centrale au pays, elle permet de fournir de l’électricité à 660 000 personnes pour seulement le quart du prix habituel.

Peut-on imaginer que les collectivités locales puissent également participer à cette impulsion pour la transition vers l’énergie solaire et soient maîtres d’ouvrage de projets décentralisés de production d’électricité?

Peut-on définir des modes de financement permettant aux villes de se doter de leurs propres centrales, répondre à leurs besoins d’électrification, réduire leur facture d’énergie, et participer à la réduction des émissions de GES et la transition vers une économie verte et circulaire?

L’importance du développement des énergies renouvelables pour un meilleur accès à l’électricité a été mise en exergue dans le Plan National de Développement Économique et Social (PNDES) 2016-2020 du Burkina Faso. L’IFDD a d’ailleurs participé à son élaboration par l’organisation d’un atelier de priorisation des cibles des ODD. Dans la foulée, l’IFDD a également appuyé la commune de Ouahigouya, au Nord du pays, afin de l’aider à rédiger son Plan communal de développement durable (PCDD 2017-2021). Ce plan a notamment identifié les cibles de l’ODD 7, qui concerne l’accès à l’énergie, comme étant urgentes et prioritaires pour la commune.

En effet, les enjeux énergétiques à Ouahigouya sont multiples. Le coût de l’électricité est très élevé: 0,21€/kWh comparativement à 0,14€ en France et 0,09€ au Canada. De plus, les coupures sont très fréquentes et comptent pour environ un tiers du temps.
Compétence décentralisée, une grande part du budget de la mairie de Ouahigouya est donc dédiée à la fourniture d’électricité, et ce pour un service cher et peu fiable, ne laissant que peu de marge pour des projets de développement.

Cette collaboration a abouti à un projet d’électrification solaire de la mairie de Ouahigouya. Il s’agit de la construction d’une mini-centrale solaire photovoltaïque de 30 kWc, couvrant l’entièreté des besoins énergétique de la mairie.

D’un coût global de 65 millions de FCFA, des économies maximales de 15 millions de FCFA /an pour la mairie sont possibles, avec une réduction de 24 tonnes équivalent CO2 / an. Ce projet pilote vise à démontrer la faisabilité et les bénéfices économiques, sociaux et environnementaux liés à l’installation de centrales solaires décentralisées.

Or, cette appropriation de l’énergie solaire au niveau local ne se fait pas sous les mêmes termes que pour les grands projets nationaux et vient avec son lot d’enjeux et de défis qui doivent être pris en considération. Notamment la forte présence de poussière réduit la performance des panneaux solaires de 0,4 à 0,8% à chaque jour et jusqu’à 60% après une tempête de sable. De cela résulte une performance moindre qui limite les économies réalisées et rend difficile l’amortissement de la centrale ainsi que la mise en place de nouveaux projets de développement. L’entretien à long terme, la gestion du compte d’amortissement, la reddition de compte auprès de la population, etc. sont d’autres enjeux. Des outils adéquats doivent donc être mis à la disposition des collectivités locales. Par exemple, un dispositif de nettoyage quotidien automatique des panneaux est en cours de développement.

La transition à l’énergie solaire permettrait de réduire les coûts de l’énergie et assurerait une fourniture d’électricité nationale plus fiable. Le passage à l’énergie solaire à l’échelle du pays http://windhampharmacy.com contribuerait aussi à la transition vers une économie circulaire. En outre, cela contribuerait à diminuer l’utilisation de l’énergie thermique et de combustibles fossiles, qui compose actuellement 90% de l’énergie produite au Burkina Faso. De cela découlerait aussi une réduction importante des émissions de GES au niveau national.

Les zones rurales sont également hautement prioritaires considérant leur accès précaire à l’électricité et leurs importants besoins de développement. Par exemple, dans les zones rurales «deux personnes sur cinq sont confrontées à une insécurité alimentaire grave ou modérée et seule une personne sur cinq connaît une véritable sécurité alimentaire». La duplication d’un projet d’électrification solaire comme celui de la mairie de Ouahigouya à pus large échelle pourrait par exemple aider à améliorer la productivité agricole dans les zones rurales qui ont un faible accès à l’électricité en permettant de mettre en place les infrastructures pour une récolte plus efficace, et réduire les pertes et le gaspillages alimentaires. Des initiatives comme ce projet contribuent ainsi à l’atteinte de plusieurs ODD tout en répondant aux besoins de développement identifiés dans les plans locaux et nationaux.

La mise en service de la centrale de Zagtouli est un énorme pas vers le développement du potentiel d’énergie solaire au Burkina Faso. Mais dans la course au développement durable et à la transition vers une économie circulaire, le potentiel des collectivités locales doit impérativement être mis à contribution. L’IFDD y est hautement engagé.