Blogue 21 avril 2021 Nicolas Biron
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Prenons soin de la planète

Nicolas Biron

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Nicolas Biron

«Jouant sur l’absurde et l’ironie, l’édition 2021 de la campagne du Jour de la Terre met en vedette des animaux devant eux-mêmes nettoyer leurs milieux de vie pollués». L’édition 2021 du Jour de la Terre vise ainsi à sensibiliser les populations «à l’urgence d’agir pour l’environnement et les inciter à poser des actions concrètes pour prendre soin de la planète au quotidien».

En matière d’environnement et de développement durable, il n’est effectivement pas si compliqué de soulever des situations absurdes ou ironiques. Par exemple:

N’est-il pas absurde qu’en occident 80% des objets dans les maisons soient utilisés moins d’une fois par mois et que le remisage domestique en entrepôt se soit accru de 1000% depuis les 30 dernières années (Nicolas Voisin, TheAsset.co)? Cela n’est-il pas ironique dans un contexte de raréfaction des ressources naturelles, de déclin de la biodiversité, et d’inégalité des richesses?

N’est-il pas absurde que, dans le monde, environ un tiers de la part comestible des aliments destinés à la consommation humaine soit perdue ou gaspillée, équivalant à environ 1,3 milliards de tonnes par an? N’est-ce pas ironique, alors que l’élimination de la faim, et «faire en sorte que chacun, en particulier les pauvres et les personnes en situation vulnérable, y compris les nourrissons, ait accès tout au long de l’année à une alimentation saine, nutritive et suffisante», soit encore aujourd’hui un objectif à atteindre? (Objectif de développement durable 2, cible 2.1).

N’est-il pas absurde que l’échec de l’action climatique – et non pas les changements climatiques en eux-mêmes, soient en 2021, et pour une 3e année consécutive, le 2e plus grand risque global, selon le Forum économique mondial, près de 30 ans après l’adoption de la Convention-cadre des Nations Unies sur les changements climatiques? Cela n’est-il pas ironique, alors que 66% des économistes interrogés par l’Institute for Policy Integrity de l’université de New York (2021) s’accordent à dire que les avantages d’une réduction nette des émissions de gaz à effet de serre d’ici à 2050 l’emporteraient sur les coûts?

N’est-il pas absurde que, selon ONU-Environnement, le secteur du bâtiment soit actuellement responsable de près du tiers des émissions de gaz à effet de serre et de la consommation finale d’énergie, alors que les techniques de construction à énergie passive soient aujourd’hui bien documentés? N’est-il pas ironique que même dans des pays forestiers, le bois, seul matériau de construction renouvelable, demeure si peu utilisé?

De même, n’est-il pas ironique que les coûts de l’électricité soit en général bien supérieurs dans les pays en développement, ou le pouvoir d’achat des populations est moindre, alors que l’accès à l’énergie est fondamental pour le développement?

N’est-il pas absurde que dans un pays comme le Canada, les émissions de GES par habitant soient de l’ordre de 15 tonnes CO2 équivalent, alors qu’au Mali, par exemple, elles ne soient que de 0,18 tonnes CO2 équivalent? Cela n’est-il pas ironique, dans la mesure où les effets des changements climatiques soient d’autant plus graves dans la région du Sahel, et alors que les pays riches aient justement une plus grande résilience et capacité d’adaptation?

N’est-il pas absurde que, selon la Ellen MacArthur Foundation, en moyenne, les citoyens européens jettent 11 kg de textiles par an, les vêtements n’ayant généralement été portés que 7 ou 8 fois?

N’est-il pas absurde d’extraire du pétrole, le transporter, le raffiner, le transformer, en faire du polystyrène, le mouler, le commercialiser en barquette alimentaire, en faire un usage unique, le jeter, et laisser dériver dans l’océan ou attendre sa dégradation dans la nature pendant plus de 1000 ans?

N’est-il pas absurde que dans la plupart des grandes villes, dont le développement ait été en bonne partie pensé en fonction de la voiture, près de 50% du territoire soit utilisé pour les routes, les espaces de stationnement, les stations-services, ou encore la signalisation routière? Cela n’est-il pas ironique dans un contexte d’étalement urbain et d’émission de GES, alors même que ces mêmes voitures soient inutilisées plus de 92% du temps?

N’est-il pas absurde qu’à l’ère de la conquête de la planète Mars, l’élimination de l’extrême pauvreté (ODD 1.1), l’accès universel et équitable à l’eau potable (ODD 61.), ou que l’enseignement primaire et secondaire gratuit et de qualité (ODD 3.1) demeure des objectifs à atteindre? N’est-il pas ironique que la crise de la pandémie de COVID-19 se soit mutée en crise économique et sociale, affectant d’autant plus les populations déjà vulnérables, et accroissant les inégalités, freinant les efforts mondiaux pour l’atteinte des objectifs de développement durable?

N’est-il pas ironique d’écrire ce billet de blogue en ligne en sachant que près de la moitié de la population mondiale n’a toujours pas accès à Internet? Est-ce que c’est cela, «Ne laisser personne de côté»?

Et ainsi de suite…

Le choc de la COVID-19 offre une occasion de se remettre en question, de repenser notre modèle économique. À l’heure des choix, la science doit guider nos décisions. Face à l’ampleur du défi que représente la transition vers l’économie verte, il faut avoir l’audace d’adopter des politiques publiques ambitieuses et cohérentes. Dans un contexte d’urgence climatique, sanitaire, humanitaire et de développement, chaque dollar doit être investi judicieusement. À l’ère de l’innovation vers des modes de production durables, il faut stimuler l’entrepreneuriat. Pour assurer une transition collective, il faut encourager, favoriser, inciter les comportements écoresponsables de la population.

Planification et suivi des ODD, énergie, environnement, climat, biodiversité, économie circulaire, etc. Organe francophone de référence, l’Institut de la Francophonie pour le développement durable a depuis longtemps compris l’urgence d’agir pour l’environnement et de poser des actions concrètes pour prendre soin de la planète. Il renforce la diplomatie et la gouvernance du développement durable, sensibilise, mobilise et forme les populations aux enjeux de durabilité, et intervient sur le terrain à travers de nombreux projets concrets, structurants et innovants. Et ce depuis plus de 30 ans.

Le travail est colossal! En attendant, heureusement que les animaux sont là pour ramasser nos déchets! Au-delà de l’absurde et de l’ironie de la campagne 2021 du Jour de la terre, il y a là un défi qui nous est lancé: faire en sorte que la nouvelle génération ne reproduise pas les mêmes erreurs. S’inspirer de la nature, des animaux, des écosystèmes, pour concevoir de nouveaux modes de production et de consommation durables. Reconnecter les actions de l’Homme avec la nature. C’est pourquoi les jeunes sont au cœur de la mission de l’IFDD, à travers ses actions de formation, de plaidoyer, de soutien à des projets innovants de la société civile.

Prendre soin de la planète, pour prendre soin des femmes, des hommes, des jeunes et moins jeunes, à l’échelle de ses 88 États et gouvernements membres. Bâtir une Francophonie durable pour toutes et pour tous.

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